Espagne : des arrachages de plantation avancés

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    L’intensité de la crise sanitaire en Espagne impacte la filière fruits et légumes dans son ensemble, avec des effets positifs pour certains produits, et catastrophiques pour d’autres. Les questions d’exportation et de disponibilité de la main d’œuvre sont particulièrement prégnantes.

    Le rapport en date du 24 avril, publié par le service économique régional de Madrid (du ministère de l’Économie et des Finances français) avec l’appui de Business France, dresse un état des lieux complet de la situation agricole et alimentaire du pays*. Nous reproduisons ici l’essentiel à retenir en ce qui concerne la distribution et la consommation des fruits et légumes.

    Production : hausse des coûts, réduction de l’export

    Une hausse moyenne des coûts de production est estimée à + 20 à 30 %, toutes espèces confondues. Ce renchérissement est dû aux achats des équipements de protection des salariés, à la baisse de productivité horaire liés aux mesures sanitaires et à l’absentéisme (en baisse depuis début avril), à la hausse des coûts de transport.

    « La campagne des agrumes se termine dans de bonnes conditions, avec une hausse générale de la demande et des prix payés aux producteurs depuis mi-mars. En revanche, la filière fruits rouges (fraises notamment) est en grande difficulté en raison de la chute de demande (de l’ordre de – 50 %) et du manque de main d’œuvre disponible pour la récolte (fermeture de la frontière avec le Maroc). Une partie de la production a dû être laissée aux champs. La filière fruits à noyau est inquiète pour la campagne 2020 qui a démarré en avril, sans garantie sur la disponibilité de travailleurs saisonniers depuis les restrictions de mobilité imposées en lien avec l’état d’alerte. Les producteurs de bananes des Canaries ne sont pas épargnés par la fermeture de la restauration hors domicile et de la restauration collective. Le recul des ventes est aggravé par la baisse de fréquentation des magasins de fruits et légumes de proximité. Les producteurs de pastèques et melons, très dépendants de la restauration et du tourisme, craignent une chute de la demande dans les prochaines semaines et sont invités par l’interprofession à modérer les plantations pour éviter l’excès d’offre et la chute des prix. La conjoncture est également défavorable pour les nèfles (demande en berne, prix en baisse). La campagne des avocats s’achève en revanche sur un bilan très positif, avec un maintien des prix d’achat aux producteurs et un écoulement des volumes plus rapide que prévu. »

    « Côté légumes, les producteurs d’artichauts et d’asperges sont en grande difficulté, avec une chute de la demande, combinée à des difficultés d’accès à la main d’œuvre pour les récoltes. La filière concombre n’est pas épargnée non plus, avec des prix aux producteurs en nette baisse depuis le début de la crise. En revanche, la tomate résiste, la croissance des volumes vendus au détail compensant la perte de la restauration hors domicile. A ce stade, la filière n’est pas affectée par le manque de main d’œuvre et ne signale pas de difficultés logistiques en dehors des surcoûts de transport, liées au fait que les camions de fruits et légumes espagnols qui livrent en France et dans l’UE font leur retour à vide. Les exportateurs espagnols déplorent une réduction sensible des commandes des pays de l’UE, car les productions nationales arrivent sur les marchés et font l’objet d’une vigoureuse mise en avant par les distributeurs, notamment en France. Cette situation les a conduits à avancer de plusieurs semaines les arrachages des plantations par rapport au calendrier prévu. Ils ont également noté une forte augmentation de la demande de tomates emballées (au détriment de la tomate en vrac). La conjoncture est favorable aux poivrons, dont les prix d’achat aux producteurs se sont raffermis, grâce à une hausse de demande pour les légumes à longue durée de conservation et sous l’effet d’une offre relativement moins importante cette année. Même conjoncture favorable pour l’ail, qui profite de la réduction des exportations chinoises pour récupérer des parts de marché nationales et se développer à l’export. Les producteurs craignent toutefois un manque de main d’œuvre qualifiée pour les récoltes. Choux-fleurs et pommes de terre enregistrent également des hausses de demande et de prix aux producteurs depuis le début de l’état d’alerte. L’oignon connaît lui aussi une hausse de demande et de prix aux producteurs (qui restent malgré tout très en deçà des prix 2019). »

    Main d’œuvre : des mesures extrêmement restrictives

    « Les frontières terrestres espagnoles sont fermées aux travailleurs étrangers non transfrontaliers depuis le 17 mars (NDLR : Français et Portugais sont autorisés). Malgré la forte demande en main d’œuvre agricole pour les campagnes d’entretien et de récolte de fruits et légumes, une ouverture aux travailleurs saisonniers étrangers (même de l’UE) est à ce stade exclue par le gouvernement espagnol, qui mise sur les chômeurs et les immigrés déjà présents sur le territoire. »

    Néanmoins, le décret-loi Royal 13/2020, publié le 7 avril et valable jusqu’au 30 juin, circonscrit très strictement les conditions d’embauche. Par exemple, le cumul des aides liées au Covid-19 (comme le chômage partiel) et du revenu agricole est interdit, contrairement à d’autres pays comme la France et la Belgique, qui l’autorisent. D’autre part, seules les personnes situées dans les communes voisines des zones de récolte sont éligibles, une marge d’adaptation étant laissée aux autorités compétentes à l’échelle locale.

    « Plusieurs syndicats et Communautés autonomes ont cependant exprimé des réserves sur ce texte (impossibilité de recrutement des personnes en chômage partiel lié au Covid-19, faisabilité des déplacements d’une région à l’autre, etc.). »

    * Source : rapport complet « Nouvelles d’Espagne Agriculture & Pêche – Edition spéciale Covid-19 », 12 pages, disponible ici.

    © Christophe Galvez