Résilience et adaptabilité

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Nous avions livré le témoignage du directeur des achats de fruits et légumes frais de Metro France le 23 mars dernier, en début de crise. Huit semaines plus tard, Bertrand Moulins porte un premier regard sur la gestion de crise. Le commerce de détail traditionnel de proximité a su saisir l’occasion de rencontrer le consommateur et une part croissante de la restauration s’est mise à proposer des plats à emporter.

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Comment a évolué votre organisation depuis deux mois ?

Nous avions positionné nos équipes achat en télé travail dès l’émergence de la crise. Nous sommes encore dans cette configuration pour ce qui concerne notre pôle achat national, la région parisienne étant en zone rouge. La proximité du terrain et du produit nous manque un peu, mais nous bénéficions des retours quotidiens de nos entrepôts. Nous avons maintenu nos dispositions initiales de non ouverture des entrepôts au consommateur afin de privilégier absolument nos clients du commerce.

Comment a évolué l’activité à leur niveau au fil des semaines ?

J’observe une très belle dynamique depuis fin mars, tant de la part des spécialistes des produits frais que des alimentations générales. Quant aux restaurateurs contraints de fermer leur établissement, un certain nombre s’est réorienté plus ou moins rapidement sur une activité de vente à emporter. Certains commerces alimentaires se seraient mis à proposer des fruits et légumes alors qu’ils n’en avaient pas jusqu’ici. Je remarque d’ailleurs que, dans le contexte, notre rayon fruits et légumes est particulièrement dynamique par rapport à d’autres, même si naturellement nous sommes en net retrait par rapport à notre activité de référence. Fondamentalement, je relève une très bonne dynamique du commerce de proximité sur la période et j’augure que, même en sortie de crise, il saura préserver une partie de celle acquise, notamment auprès d’un public plus jeune, en quête d’une offre renouvelée. J’ai ressenti tout au long de ces semaines beaucoup de résilience et d’adaptabilité de la part de nos clients.

Comment avez-vous géré votre politique commerciale ?

Nous avions fortement resserré nos gammes en début de confinement, nous les avons progressivement rouvertes à la demande de nos entrepôts qui nous répercutaient les attentes de leurs clients. Nous avons substantiellement réduit notre activité promotionnelle en début de période puis nous avons pris le rythme de la mise en avant par SMS de 2 produits d’origine France par semaine. De plus, nous proposons chaque semaine une sélection « Meilleur cours du jour primeurs » avec un maximum de produits français (environ 2/3 sur la période). Nous ne pouvons en effet négliger par exemple les débuts de la campagne espagnole de fruits à noyau qui est un fort marqueur saisonnier. Désormais, nos gammes ont retrouvé un bon équilibre, proche de la normale. Côté prix, il y a eu beaucoup de bruit autour de l’inflation attribuée aux fruits et légumes sur le mois d’avril. Après les avoir analysés de près, j’observe une très grande stabilité, tant à l’achat qu’à la vente, pour ce qui nous concerne.

Comment cela se passe-t-il avec les fournisseurs ?

Naturellement, en l’absence de visibilité en début de crise, nous avons fermé de nombreuses lignes, mais nous avons fait en sorte de préserver un courant d’affaires avec chacun. Pour ce faire, nous avons également sensibilisé nos clients traditionnels au référencement de produits moins classiques comme des fleurs ou des herbes et la plupart ont su élargir leurs gammes. Je note d’ailleurs qu’à Pâques la vente de plats à emporter a pu se positionner à des niveaux assez relevés pour nous demander de la morille. Nous avons cherché à éviter absolument de couper le cordon avec nos clients. Au plus fort de la crise, j’avais renoncé à l’opération muguet programmée, me réservant d’y revenir selon la demande des entrepôts. Et, en définitive, beaucoup de revendeurs ont su saisir l’occasion de la fermeture des fleuristes pour investir un dossier auquel ils ne touchaient pas jusqu’ici. Au final, nous avons quand même fait une campagne muguet à moitié d’une année normale.

En conclusion ?

La crise n’est pas finie, mais nous sommes dans les starting-blocks, optimistes et prêts à assumer une période de transition vers la réouverture des restaurants, à une date encore inconnue.