Metro privilégie l’origine France

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Le grossiste spécialiste de la vente à la restauration est durement affecté par la fermeture légale de ses clients et apprend à ajuster sa stratégie en attendant la reprise. Bertrand Moulins, directeur des achats de fruits et légumes frais témoigne. Nous le retrouverons au Forum végétable le 10 juin prochain.

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Comment vivez-vous la crise actuelle chez Metro ?

Nous avons été privés des trois quarts de notre clientèle le 14 mars à minuit avec la fermeture des restaurants, mais nous comprenons cette décision du gouvernement. Maintenant, notre rôle en tant que grossiste est de sécuriser l’approvisionnement pour nos concitoyens au travers de nos clients commerçants de proximité. La situation évolue rapidement et, après une semaine complexe, les ventes de fruits rouges reprennent des couleurs. Sur le fond, nous avons décidé avec l’accord de nos dirigeants de privilégier systématiquement l’origine France dès lors qu’elle est disponible et nous n’allons sur l’étranger qu’en cas de nécessité. Dans une situation d’urgence, nous avons décidé de faire des choix.

Comment avez-vous vécu le début de la crise ?

Les lundi et mardi précédant le confinement ont été  un peu mouvementés. Nos équipes ont vécu des incivilités de la part de quelques clients. Depuis, tout est rentré dans l’ordre. Soucieux de soutenir, dans cette période inédite, nos clients primeurs, épiciers, pâtissiers, boulangers, bouchers, charcutiers… Metro France, depuis le début de la crise, reste dédié aux seuls professionnels Cependant, nous avons dû également réadapter notre offre qui était particulièrement tournée vers la restauration commerciale, tout en préservant l’essentiel de notre assortiment.

Et maintenant ?

Nos collaborateurs sont mobilisés et tout le monde y met du sien dans ce qu’on peut qualifier « l’effort de guerre ». Avec des grands chefs et des partenaires grossistes, Metro France a participé  à l’opération « Les chefs avec les soignants » pour soutenir ces derniers, avec le message suivant : « Occupez-vous de nous, nous nous occupons de vous » et nous leur préparons gratuitement des repas. Pour ce qui me concerne, la moitié de mon équipe achats fruits et légumes frais télé travaille. Cela fonctionne très bien. Les gens s’adaptent remarquablement aux circonstances. Nous nous parlons régulièrement  en vidéo conférence et nous avons formé un groupe Whatsapp pour discuter et plaisanter. Dans les entrepôts, les règles d’hygiène et les gestes barrières sont appliqués avec rigueur, avec des entrées de clients bien cadencées, des distances de sécurité strictement encadrées. On apprend tous les jours, on se parle, on avance.

Comment se passe le recentrage sur l’origine France ?

Naturellement, les choses ne se font pas instantanément. Il faut aussi faire l’état des lieux du disponible auprès de nos fournisseurs en France. Par exemple, cette semaine, nous sommes repartis à fond sur le champignon français, qui revient de loin avec les développements de Lou, Vialade, La Gontière et quelques autres. Nous ne sommes pas les seuls à prendre cette orientation et, du coup, le produit risque de manquer. Il va falloir une période de transition pour que la production française puisse à nouveau quantitativement satisfaire tous nos besoins. On remet l’église au cœur du village, mais il faut aussi que les modes de consommation changent durablement suite à cette crise.

Et après ?

Il faut s’attendre à de grandes manœuvres au sein des opérateurs et à une redistribution des cartes, sachant aussi qu’un certain nombre de nos clients auront pu faire défaut, notamment dans la restauration commerciale indépendante.