Bilan conso 2025 : un rebond bienvenu, mais des équilibres encore fragiles

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    Présenté au SIA, le bilan Interfel 2025 fait état d’une reprise de la consommation de fruits et légumes, portée par un contexte inflationniste plus favorable. Derrière cette amélioration globale, la filière reste confrontée à des dynamiques contrastées et à des enjeux structurels persistants.

    Daniel Sauvaitre, au SIA : « Nous sommes ici pour faire de la pédagogie de nos réalités. » © végétable

    « Les fruits et légumes ont tout bon, mais malgré tous leurs atouts, la consommation n’est encore pas au niveau attendu », a rappelé Daniel Sauvaitre, président d’Interfel, en ouverture de la présentation du bilan conso au SIA, le. Après plusieurs années chahutées, l’année 2025 marque toutefois un infléchissement positif : la consommation de fruits et légumes frais progresse de 3 % en volume, portée par une hausse de 4 % des actes d’achat.

    Dans un contexte de ralentissement de l’inflation (+1,2 % sur les prix), la valeur globale du marché s’inscrit ainsi en hausse de 5 %. Cette reprise s’accompagne d’une évolution qualitative, avec une remontée en gamme et un regain d’intérêt pour le bio (+6% en volume et +8% en valeur par rapport à 2024). Le profil des acheteurs reste en revanche déséquilibré : les seniors, qui représentent 28 % de la population, concentrent 40 % des volumes consommés. « L’enjeu est de réengager les jeunes pour inverser la tendance. »

    Globalement positive, l’année 2025 se révèle en réalité contrastée. Le premier semestre a bénéficié de conditions favorables : météo propice pour les produits printaniers comme les fraises et les asperges, regain de pouvoir d’achat et soutien de la communication, notamment auprès des moins de 35 ans avec la campagne « Jamais trop ». Mais à partir de l’été, la dynamique s’est inversée sous l’effet de facteurs météorologiques, sociaux et politiques. Ces variations se traduisent par des situations très hétérogènes selon les filières.

    La fraise illustre une dynamique positive, avec un taux d’auto-approvisionnement passé de 30 % il y a vingt ans à 50 % aujourd’hui. « Avant, la guerre se faisait uniquement sur le prix mais il y a eu une stratégie collective de segmentation de marché », a expliqué Xavier Mas, président de l’AOP Fraises Framboises de France, évoquant un travail sur la différenciation variétale et la valeur ajoutée.

    Les enjeux de souveraineté et de compétitivité

    À l’inverse, le chou-fleur a subi une campagne difficile. La douceur de l’automne a pesé sur la consommation (-8 %) et accentué la concurrence européenne. « On vend, mais à des prix dérisoires », a témoigné Marc Kerangueven, président du Cerafel, qui a également pointé un recul de compétitivité à l’export.

    Au-delà de ces disparités, la filière insiste sur les enjeux de souveraineté et de compétitivité. « Pour faire converger les deux, il faut desserrer l’étau réglementaire », a plaidé Daniel Sauvaitre, évoquant la surtransposition française et les problématiques d’accès à l’eau. « Il faut répondre aux tensions sur la main d’œuvre, simplifier les démarches administratives et pérenniser les financements du PSFL qui est en panne depuis 2025 pour des raisons budgétaires. »

    Dans ce contexte, la Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat, adoptée en février, ouvre des perspectives, alors que seuls 19 % des 3-17 ans atteignent les recommandations nutritionnelles. Car la reconquête des jeunes publics reste une priorité. « Nous demandons aux services de l’État de nous laisser accéder aux chaînes publiques pour communiquer directement sur la cible -35 ans », a insisté Christian Berthe, évoquant également le déploiement d’actions de terrain, comme des foodtrucks sur les festivals, en complément des programmes menés par Aprifel. En parallèle, Aprifel participe à un programme européen qui cible les jeunes sportifs amateurs.

    La synthèse complète de ce bilan conso est téléchargeable ici.

    © Interfel
    © Interfel

    Côté produits, les hiérarchies restent stables. La tomate domine toujours les achats de légumes (18,4 % en volume), devant la carotte et la courgette, tandis que la patate douce affiche une progression marquée (+24,4 %). Sur le segment des fruits, la banane (18,4 %) est passée devant la pomme et l’orange (10,8  %) sur le podium. Les fruits exotiques poursuivent leur percée, avec des hausses significatives pour l’avocat (+23 %), la mangue (+35,8 %) ou encore le kiwi (+9,8 %), tandis que la poire recule de 10 %. Une évolution qui interroge, alors que la filière cherche à relocaliser la consommation.