Le Sénat dénonce une guerre des prix au détriment des producteurs et réclame plus de transparence sur les marges, notamment en fruits et légumes. La commission d’enquête sénatoriale sur les marges de l’industrie agroalimentaire et de la grande distribution a présenté le 21 mai ses conclusions après six mois de travaux.

Dans leur rapport, la présidente Anne-Catherine Loisier et la rapporteuse Antoinette Guhl décrivent un « déséquilibre structurel » dans le partage de la valeur, au bénéfice de la distribution et au détriment de l’amont agricole et industriel. Les sénatrices dénoncent des pratiques de négociation jugées « prédatrices », évoquant suspensions de commandes, déréférencements ou encore pressions exercées sur les fournisseurs.
Elles soulignent également le rôle croissant des centrales d’achat et de services européennes, accusées de contourner les lois Égalim et d’entretenir une forte opacité sur les flux financiers et les marges arrière. Les sénatrices pointent par ailleurs une forte concentration du secteur, avec trois alliances dominantes dans les achats de la distribution française.
La commission a également dit avoir été frappée par « un climat de peur » parmi les industriels et représentants agricoles auditionnés. De nombreuses auditions se sont tenues à huis clos, les fournisseurs craignant des représailles commerciales.
Les mécanismes de compensation des marges
Le rapport s’attarde aussi sur les mécanismes de compensation des marges dans les enseignes. « Le rayon fruits et légumes va sponsoriser le Coca-Cola ou le Nutella », a illustré Antoinette Guhl. Autre exemple avec les tomates, citées comme produit d’appel : des tomates d’importation à bas prix serviraient à attirer le consommateur, tandis que les marges seraient reconstituées sur les tomates françaises.
Parmi les recommandations formulées figure un renforcement de la transparence sur les marges. La commission propose notamment un affichage obligatoire en rayon sur les produits non transformés, dont les fruits et légumes, afin d’indiquer la part revenant réellement au producteur. Elle souhaite également imposer une déclaration annuelle des flux financiers entre distributeurs et centrales européennes, ainsi qu’une transparence accrue sur les prestations facturées aux fournisseurs.
Au-delà des aspects réglementaires, le rapport appelle enfin la grande distribution à sortir d’une logique centrée exclusivement sur la guerre des prix afin de mieux valoriser les produits français, la qualité alimentaire et la rémunération des producteurs.
« Un procès à charge contre la grande distribution », a aussitôt réagi Thierry Cotillard, président des Mousquetaires, sur les réseaux sociaux. « Toutes les recommandations de ce rapport vont dans le même sens : plus de contraintes, plus de rigidité, plus de contrôles… sans aucune réciprocité. Avec un risque clair : pénaliser le commerce et le pouvoir d’achat des Français. »
Téléchargez le rapport complet ici : https://www.senat.fr/fileadmin/cru-1778089154/Presse/Documents_pdf/Essentiel_CE_Marges_pour_impression.pdf










