Lors du Medfel, au-delà des divergences des intervenants de la production et de la distribution, le débat a acté d’une évolution.

Le risque agricole n’est plus uniquement porté par les producteurs : c’est ce que Françoise Roch, présidente de la FNPF, vice-présidente du CTIFL et arboricultrice dans le Tarn-et-Garonne, et Mickaël Alagapin, associé Coopérative U, binôme national fruits et légumes et PDG du Super U de Bonne (74), ont mis en lumière à travers leurs échanges, parfois vifs.
Le risque agricole doit progressivement devenir un enjeu partagé par l’ensemble de la filière, de la production jusqu’à la distribution, avec une implication croissante des consommateurs. L’équation est cependant complexe : comment garantir la pérennité des exploitations dans un contexte de volatilité des prix, de concurrence internationale accrue et de forte pression sur les coûts de production.
Le risque agricole ne se limite plus au climat
Pour Françoise Roch, le risque agricole dépasse désormais largement les seuls aléas météo. Risques sanitaires, économiques, réglementaires… cette accumulation a profondément transformé le métier de producteur : « La gestion de tous ces risques devient une stratégie indispensable dans la conduite de l’exploitation, dès l’installation. »
Par ailleurs, malgré la structuration progressive des filières (via les OP, les AOP nationales ou les contrats de filière), la France a perdu 40 % de ses vergers en trente ans. « On a inventé de nouvelles choses pour regagner en visibilité, mais il nous faut aussi une visibilité politique », a insisté la présidente de la FNPF.
Côté distribution, Mickaël Alagapin a rappelé la pression quotidienne des distributeurs sur les prix et les marges, dans un contexte de concurrence permanente entre enseignes. Dans les rayons, cette tension se ressent directement pour le consommateur. L’écart entre prix promotionnels et prix de fond de rayon brouille la lisibilité de l’offre et fragilise la perception de la valeur. « Le consommateur voit une pomme à 0,99 € en promo, puis 3,50 € en fond de rayon. Il ne peut pas comprendre ! », a dénoncé la productrice, en ajoutant que « la grande distribution a une responsabilité énorme : elle est notre vitrine pour nos produits ».
Et la distribution le reconnaît : « Il y a des aberrations régulières dans les rayons, dues à un manque d’expérience et de compétences de nos équipes. Nous avons une éducation importante à apporter à nos chefs de rayon fruits et légumes », a expliqué Mickaël Alagapin. La fidélisation de la main d’œuvre est d’ailleurs une problématique de l’amont comme de l’aval.
La bataille de l’origine France
Dans ce contexte, la question de la souveraineté alimentaire revient au centre des débats. Le recul de certaines productions françaises et la hausse des importations interrogent la capacité de la filière à maintenir ses volumes. Acheter français oui, mais la compétitivité reste un point de tension majeur, notamment face à des produits importés moins chers et à des accords commerciaux qui accentuent la pression sur certaines filières. « Il faut rééduquer le consommateur à manger français », a estimé Mickaël Alagapin, tout en rappelant le poids déterminant du prix dans les arbitrages d’achat.
Vers un dialogue renforcé entre amont et aval
Pour renforcer leur compétitivité, les producteurs ont engagé des transformations profondes : adaptation variétale, robotisation, gestion connectée de l’eau… Cependant, ces efforts se heurtent à une contrainte persistante de rentabilité. « Il nous manque souvent 15 ou 20 centimes pour retrouver une respiration », a plaidé Françoise Roch, en référence à la nécessité de construire des marges viables.
Côté distribution, la réponse passe par un renforcement du dialogue avec les filières. Mickaël Alagapin a plaidé pour une intensification des échanges, encore jugés trop espacés. Il a donc annoncé l’engagement de Système U à organiser trois rendez-vous annuels avec chacune des dix principales AOP nationales de fruits et légumes. Le distributeur souhaite également avancer vers des contrats intégrant davantage le pilotage des volumes et des prix.










