Après plusieurs années de tensions, la filière des fruits et légumes bio retrouve un certain optimisme. Lors de la conférence « Bio : comment maintenir la production ? », organisée au Medfel, les intervenants ont toutefois rappelé que les équilibres restaient fragiles, tant du côté des marchés que de la production.

Les chiffres présentés par l’Agence bio montrent une situation globalement stable en surfaces. En légumes bio, environ 918 ha supplémentaires ont été enregistrés en 2025, même si le nombre de fermes engagées recule légèrement. Les situations restent contrastées selon les productions : le maraîchage demeure relativement stable, tandis que les légumes de plein champ poursuivent leur recul. Côté fruits, les surfaces bio progressent légèrement (8 % de plus qu’en 2024, pour atteindre 32 % de la SAU des fruits), avec des évolutions différentes selon les espèces.
Après plusieurs années de croissance des volumes, les surfaces de fruits à pépins se réduisent afin de retrouver un équilibre de marché. « La pomme bio devrait ainsi converger vers un marché du frais estimé autour de 70 000 t d’ici 2029 », a indiqué Pierre Gratacos, directeur des opérations chez Cardell. Aujourd’hui, la filière enregistre des taux de déclassement encore élevés puisque jusqu’à 30 % des volumes de pommes et poires bio sont orientés vers le conventionnel ou l’industrie.
En maraîchage (9 % de la SAU en bio), l’accent a été mis sur les difficultés économiques croissantes. « Les charges ont augmenté de 50 à 60 % alors que les prix n’ont progressé que d’environ 10 % », a souligné Nordine Arfaoui, directeur d’Uni-Vert. « Le prix n’est plus seulement un sujet commercial, c’est une question de souveraineté alimentaire. » Pour plusieurs intervenants, la diversification des productions reste un levier essentiel pour limiter les risques., outre l’intérêt agronomique des rotations. « La coopérative Uni-Vert a fixé un cap de 14 % de surface maximum pour chaque espèce. »
Principal moteur de la croissance du marché bio
Du côté de la consommation, les indicateurs repassent au vert. Selon les données présentées par Interfel, les fruits et légumes bio constituent aujourd’hui le principal moteur de la croissance du marché bio, portée par une hausse des volumes de 6 % en bio (contre 3 % en conventionnel). « 8 Français sur 10 achètent des fruits et légumes bio au moins une fois par an et la fréquence d’achat progresse », a souligné Cécilia Celeyrette, directrice adjointe stratégie filières d’Interfel. Certaines catégories semblent toutefois proches d’un « plafond de verre » de consommation, comme la pomme ou la tomate bio. À l’inverse, plusieurs productions conserveraient du potentiel, notamment les fruits à noyau, l’avocat ou les agrumes.
Enfin, plusieurs intervenants ont pointé la réduction des assortiments bio en grande distribution généraliste depuis la crise inflationniste, ainsi que la banalisation du bio lorsqu’il est mélangé aux références conventionnelles. À l’inverse, les magasins spécialisés affichent une dynamique plus favorable, avec 6,5 % de croissance cette année. « Biocoop a gagné 200 000 foyers clients en 2025 », a précisé Stéphane Durand, directeur fruits et légumes et filières de Biocoop.
Pour maintenir la dynamique, les acteurs appellent à mieux structurer les filières européennes et à donner davantage de visibilité économique aux producteurs. Les contrats pluriannuels avec prix minimum garantis, comme ceux mis en place par Biocoop avec plusieurs groupements de producteurs, ont été présentés comme une piste pour sécuriser les exploitations et favoriser les transmissions.
Tous les intervenants ont également insisté sur la nécessité de poursuivre les efforts de communication autour du label bio et de développer la consommation, notamment en restauration collective, encore loin des objectifs fixés par la loi Égalim.











