Production et distribution : un dialogue au cœur du Medfel

    2

    Le Medfel, les 28 et 29 avril à Perpignan, a rassemblé la filière fruits et légumes mobilisée entre tensions, anticipation de campagne et volonté de renforcer le lien production-distribution.

    © végétable

    La 16e édition du Medfel a confirmé son rôle de carrefour stratégique pour la filière fruits et légumes méditerranéenne, entre échanges riches, parfois très vifs, et volonté affichée de faire avancer collectivement les dossiers clés de la production et de la distribution. Centrée vers les enjeux de production, les mutations des modes de consommation et les contraintes économiques et environnementales, l’édition 2026 a proposé un programme dense de conférences et tables rondes. Bio, intelligence artificielle, logistique, ressources humaines ou encore attentes sociétales : autant de thématiques au cœur des préoccupations actuelles et futures des professionnels.

    Parmi les moments marquants, un débat sur le partage du risque agricole entre production et distribution s’est tenu entre Françoise Roch, présidente FNPF et arboricultrice, et Mickaël Alagapin, associé coopérative U, binôme national fruits et légumes. Les traditionnelles prévisions de récoltes ont également rythmé l’événement, avec un focus sur le melon, l’abricot et la prune, tandis qu’un webinaire dédié aux pêches et nectarines est d’ores et déjà annoncé pour le 21 mai prochain.

    Côté fréquentation, malgré une mise en jambe jugée calme par certains exposants, les conférences ont su mobiliser, à l’image de celle de mardi soir en présence d’Olivier Dauvers, expert grande distribution, et Philippe Goetzmann, expert stratégie retail et consommation.

    Soirée fruits d’été : se retrouver avant la campagne 2026

    La veille du salon, le Palais des congrès de Perpignan a accueilli une soirée dédiée aux fruits d’été et aux perspectives de la campagne 2026. À l’initiative de l’AOP Pêches et Abricots de France, de l’AIM et de l’AOPN Prune, plus de 250 professionnels, dont de nombreux acteurs de la grande distribution, ont répondu présents pour cette 2e édition à la fois conviviale et sans langue de bois. Faits marquants : une nouvelle génération de producteurs, plus visible, et une féminisation progressive de la filière, signes d’un renouvellement en cours. Bien que l’événement ait été très orienté vers la grande distribution, la présence de grossistes a permis de rappeler que 40 % des fruits et légumes sont écoulés par ce circuit. 

    Tout au long de la soirée, les échanges ont contribué à resserrer les liens entre production et distribution, en offrant aux enseignes une lecture claire des calendriers et volumes à venir. « On est là pour dialoguer, s’écouter, apprendre à se connaître hors cadre entreprise », a souligné Myriam Martineau, présidente de l’AIM. « C’est l’essence même des interprofessions que de porter la voix de la production et tenir au courant nos clients acheteurs. » Un temps fort de la soirée s’est tenu en plénière, réunissant les trois filières et les distributeurs autour des leviers d’une campagne de fruits d’été réussie.

    Basculer de l’Espagne à la France dès que possible

    Le basculement des origines, moment critique, semble s’aborder avec une certaine sérénité. Pour Raphaël Martinez, directeur de l’AOP Pêches et Abricots de France, l’argument tricolore (qualité, bilan carbone, sécurité sanitaire) gagne du terrain, d’autant que l’écart de coût avec l’Espagne s’estompe. « Dès que le produit français est là, il doit entrer en rayon », a t-il insisté, évoquant des débuts de récolte 2026 dès les semaines 21 pour l’abricot et 23 pour la pêche-nectarine. Côté distribution, le message semble passé pour plusieurs enseignes, comme l’a confirmé Alain Culié de chez Carrefour : « Dès que l’abricot français est bon, on le fait rentrer. » Jean-Christophe Monnez de chez Lidl a tout de même rappelé que la question du prix reste centrale dans un contexte de consommation contrainte.

    La réactivité du marché face aux aléas climatiques

    Le melon, star météo-sensible de l’été, a illustré les enjeux de sécurisation. Jérôme Jausseran, co-président de l’AIM, a souligné la fragilité des cycles courts : « Le moindre grain de sable engendre un retard de 10 à 15 jours. » Pour fluidifier les volumes et s’adapter aux conditions météos, l’heure est à la planification agile. « On a arrêté les prospectus papier », a expliqué Julien Marjani de chez Auchan, au profit d’outils digitaux et de la radio, jugés plus réactifs pour coller au calendrier de production. Céline Glabien de E. Leclerc a expliqué que les échanges hebdomadaires avec l’AIM sont devenus la clé pour ajuster les promotions en temps réel.

    Moderniser le rayon et séduire le consommateur

    La prune, « petit poucet » des fruits d’été, selon Joël Boyer, président de l’AOPN Prune, cherche à grandir. L’enjeu pour cette petite filière est de moderniser son image grâce à l’innovation variétale et une mise en avant soignée. « On ne présente pas des prunes comme des pommes de terre », a-t-il remarqué, appelant à des étalages plus attractifs, en jouant sur les couleurs des différentes variétés. Un défi d’exécution en magasin, comme l’a relevé Mathilde Lalanne, directrice du développement chez Promofel, qui a pointé le manque de formation des personnels. Par ailleurs, « la mise en avant ponctuelle, c’est 60 % de consommation supplémentaire », a-t-elle précisé.

    La bataille des coûts et de la valeur

    Enfin, la question du prix a clos les débats. Avec une hausse du coût de revient de 10 à 15 %, la production a refusé les prix d’appel destructeurs (les fameux 99 centimes pour un melon). Si les distributeurs ont assuré marger à zéro lors des promos pour écouler les stocks, l’amont a réclamé plus de visibilité. En conclusion, Alexi Bois, président de l’AOP Pêches et Abricots de France, a rappelé l’essentiel : « Nous travaillons des produits plaisirs, nous pouvons aller chercher de la valorisation. . Une ambition qui repose sur une relation humaine forte, agissant comme un « amortisseur » face aux crises du marché. « On est plus tolérant quand on connaît les problématiques de ses interlocuteurs », a-t-il souligné.

    © végétable
    © végétable
    © végétable