Le CTIFL a organisé sa rencontre technique dédiée au sol. L’opportunité pour la profession de se mettre au diapason d’une vision tournée vers le vivant qui grouille sous nos pieds.

Le sol n’est plus un simple support, mais un système vivant, complexe, sensible, fragile, puissant aussi, qui est questionné. Les enjeux autour de la santé du sol et de la recherche fondamentale et appliquée sont cruciaux. « Pour conjuguer besoin de modernisme et conscience environnementale, on a besoin du scientifique, d’avis objectifs, au-delà de tout militantisme », a rappelé Pascal Clavier, arboriculteur dans le Berry. Il était le grand témoin de la journée consacrée au sol, le 30 juin au CTIFL de Carquefou, en duo avec Régis Chevallier, maraîcher nantais, qui a anglé le débat sur les clés de diversification, de planification et de trop forte dépendance actuelle aux intrants.
Les sols abritent près de 60 % de la biodiversité terrestre, participant à la régulation de l’eau en quantité et en qualité, à celle des contaminants, et à un puissant stockage du carbone. Face aux chiffres énoncés, les 80 participants, échaudés entre deux canicules, ont particulièrement bien conscientisé l’urgence à travailler en mode régénération.
Les résultats de recherche s’enchaînent. Rien n’est blanc ou noir, tout est lié, étroitement, dans le souterrain invisible. Les experts décochent leurs travaux comme des flèches, à un rythme si soutenu qu’il fait écho à l’urgence d’agir. Sols et composts suppressifs, mycorhization, bioindicateurs, nématofaune, indices de santé des sols, modèles, référentiels chèrement acquis et à poursuivre en collectif, caractérisation microbienne, paillages, couverts et mulchs végétaux, plantes de services, travail du sol limité, bâchage, restriction hydrique, substitution des tourbes, fertilisation organique : des clés de sol comme autant de mains tendues ont ponctué la journée.
Les deux tiers des sols dégradés en Europe
30 % des sols sont dégradés à l’échelle mondiale et 62 % en Europe. Érosion, saturation en eau, compaction, acidification, contamination, perte de biodiversité, imperméabilisation, salinisation et sodification, déséquilibres en nutriments étaient dans le viseur. Gestion du travail du sol, lien à la compaction, ruissellement, érosion, effet de contamination par microplastiques ou résidus de pesticides traversant les décennies ont été scrutés.
L’association PADV (Pour une agriculture du vivant) a présenté un outil de mesure des services agroécologiques rendus. L’indice de régénération prend en compte l’exploitation d’un point de vue systémique : sol/plante/paysage/R&D et formation. L’outil permet la mesure, l’évolution des pratiques, appuie le conseil agronomique, et a vocation à assurer une contractualisation rémunératrice intégrant des primes. Il se veut également outil de financement publics/privés dans le cadre de paiements pour services environnementaux. Une approche qui souligne le nerf de la guerre : valoriser pour se donner les moyens.











