La filière poire commence à récolter les fruits de son renouveau

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    Les voyants sont au vert pour la modeste filière poire. Après plusieurs années de reconquête des surfaces, l’offre française progresse et se diversifie, tandis que quelques signaux encourageants apparaissent côté consommation. Une nouvelle étape s’ouvre désormais : organiser cette croissance pour mieux répondre aux besoins du marché français.

    poires en station
    © végétable

    Le lancement de campagne organisé par l’ANPP le 27 août a aussi été l’occasion de rassembler les professionnels de la poire. Après avoir perdu 60 % de ses surfaces depuis 1992, le verger de poiriers des adhérents de l’ANPP, a vu ses surfaces augmenter de 46 % en dix ans, atteignant 2 716 ha en 2025. Certaines années, le taux de renouvellement atteint même 7 à 8 %, dans un verger globalement plus âgé que celui de pommiers.

    Cette dynamique commence à se traduire dans l’offre. Pour 2026, l’ANPP prévoit une récolte française en hausse de 4 % par rapport à 2025. Les plantations réalisées ces dernières années accompagnent également une diversification du verger, avec l’arrivée de variétés comme Fred ou Qtee, aux côtés des traditionnelles Williams, Conférence, Guyot, Comice ou Angélys.

    Planter, mais plus n’importe quand dans le calendrier

    La filière poire passe, en quelque sorte, d’une logique de reconquête quantitative à une logique de pilotage de la fin de l’offre. L’enjeu n’est donc plus seulement de produire davantage, mais de faire coïncider cette nouvelle offre avec les besoins du marché. Selon les estimations présentées par l’ANPP, le marché français du frais représenterait environ 126 000 tonnes par an, avec de fortes variations selon les périodes.

    Or, si le rythme actuel de plantations se poursuit, les besoins pourraient être couverts par la production française entre septembre et décembre à l’horizon 2030. « Pour Williams, Guyot, les variétés qui se commercialisent à cette période-là, on est à peu près à saturation du marché », prévient Vincent Guérin, responsable des affaires économiques et techniques de l’ANPP.

    L’association appelle donc à la prudence sur les nouvelles plantations de variétés de début de campagne sans débouché préalablement identifié. À l’inverse, « concernant les variétés comme Fred, Angélys, voire Conférence, il y a encore de la place », notamment pour répondre aux besoins entre janvier et avril.

    Afin de prolonger la présence de l’origine France, la filière travaille parallèlement à améliorer la conservation des fruits et ainsi étaler leur mise en marché. Pour la campagne 2026, l’offre française devrait déjà être disponible jusqu’à fin février.

    Faire évoluer le rayon avec la campagne

    Cette croissance appelle aussi des ajustements en aval. Les observations présentées lors du lancement de campagne montrent un rayon poires particulièrement stable : environ 5 références et 9 % du linéaire fruits, une part qui évolue peu de septembre à février malgré des disponibilités très variables.« Il faut peut-être sortir de la linéarité et avoir un rayon qui vit avec une saison forte, une saison moyenne, une saison plus faible », estime Bertrand Gassier, président de la commission poire de l’ANPP, qui invite à « regarder la poire avec les yeux de demain ». La filière souhaite davantage de mises en avant et de promotions lorsque les volumes sont importants à l’automne, avant une réduction progressive de l’assortiment au fil de la campagne.

    Recruter de nouveaux consommateurs

    Reste enfin à accompagner cette offre par la demande. Si la consommation de poires demeure globalement orientée à la baisse et concentrée chez les plus de 65 ans, l’ANPP relève un signal encourageant chez les 35-49 ans, dont les achats ont progressé de 1 500 tonnes en 2025. Une cible que la filière souhaite désormais davantage solliciter, notamment avec une campagne nationale en radio et grâce aux nouvelles variétés.

    Avec l’appui du CTIFL, elle travaille également à définir, variété par variété, les fenêtres optimales de consommation et des indicateurs objectifs du « bon à manger ». Car après avoir relancé les plantations, l’enjeu est désormais tout autant de produire la bonne poire au bon moment, que de donner envie au consommateur d’y revenir.