Trente ans après sa création, l’Organisation commune de marché fruits et légumes traverse une zone de fortes turbulences. Une des conférences du Medfel 2026 a permis de faire le point sur les enjeux pour les OP (organisations de producteurs, considérées comme un pilier de la structuration des filières européennes.

« Depuis 1996, le modèle n’a pas pris une ride », a défendu André Graglia, directeur d’Apfel Sud-Ouest et expert national Gefel pour l’OCM (Organisation commune de marché) fruits et légumes. Selon lui, le dispositif a au contraire « prouvé son efficacité », avec un nombre croissant d’OP (organisations de producteurs) et une part toujours plus importante de la production organisée.
Ces OP, et au-delà les AOP (associations d’organisations de producteurs), permettent à la fois de réguler l’offre, de rechercher une meilleure valorisation pour les producteurs et de sécuriser les approvisionnements pour les opérateurs de l’aval. Preuve en est, depuis trente ans, que cet outil européen a généré une croissance économique constante. La VPC (valeur de la production commercialisée) est passée de 20,3 Md€ en 2012 à 31,4 Md€ en 2022.
Un ciment du faire ensemble
Pourtant, ce modèle fait aujourd’hui l’objet de nouvelles discussions à Bruxelles. « Je ne pensais pas devoir encore défendre l’intérêt et expliquer les enjeux de l’OCM fruits et légumes trente ans après », s’est étonné Jean-Louis Moulon, président d’Idfel Val-de-Loire et administrateur de l’Areflh. Au cœur des inquiétudes : l’évolution du financement des PO (Programmes opérationnels), ces plans d’actions collectives cofinancés par l’Union européenne et les opérateurs. « Les Programmes opérationnels ont été un ciment de ce “faire ensemble” », a insisté André Graglia.
Avec une enveloppe de 1,87 milliard d’euros en 2022, financée à 50 % par l’UE, les PO fruits et légumes représentent moins de 2 % des aides de la Pac pour plus de 12 % de la valeur agricole européenne. Mais la nouvelle proposition de Pac dévoilée l’été dernier pourrait rebattre les cartes. « Pour la première fois, ce sont des financiers et non des connaisseurs de l’agriculture qui ont écrit la suite de notre OCM. »
Les professionnels redoutent notamment des distorsions de concurrence entre États membres et entre secteurs agricoles. « Par ricochet, cela met un coup d’arrêt aux OP transnationales, ce qui est contre-intuitif à une période où les centrales d’achat, elles, s’internationalisent », a également souligné André Graglia.
Un des enjeux majeurs des discussions à venir
Intervenu à distance depuis le Parlement européen de Strasbourg, Éric Sargiacomo, député européen et récemment nommé rapporteur à la commission agriculture du Parlement européen, a lui aussi évoqué une « remise en cause complète du cadre ». Il a pointé plusieurs sujets de tension, comme l’ouverture plus large de la double appartenance à des OP ou encore l’accès des OP non reconnues aux Programmes opérationnels. Sur ce dernier point, il s’est toutefois déclaré favorable à un accès limité à cinq ans, le temps du processus de reconnaissance.
Malgré les débats en cours, l’eurodéputé s’est montré relativement optimiste pour la suite des négociations. « Personne ne remet en cause l’efficience des OP », a-t-il assuré, évoquant aussi une « volonté commune d’avoir plus de régulation et d’organisation de la chaîne de valeur ». Avant de rappeler l’un des enjeux majeurs des discussions à venir : « L’enjeu prioritaire est de rapatrier le financement à 100 % par les fonds européens pour éviter une concurrence intra-européenne. »
Une position soutenue par le Gefel. En France, près de 60 % de la production fruits et légumes est aujourd’hui organisée en OP, avec des taux encore plus élevés dans certaines filières comme la noisette ou la pomme. La taille moyenne des structures a quasiment doublé depuis 2012, portée par les fusions et le développement des organisations existantes.
Si d’autres grands pays producteurs comme la Belgique (92 %), les Pays-Bas (75 %), devant l’Italie (62 %) et l’Espagne (61 %) ont, eux aussi, largement structuré leurs filières autour des OP, certains États membres entrés plus récemment dans l’Union européenne se montrent frileux sur ce modèle et ne le soutiennent pas autant.










