Première vague de chaleur de l’année alors que l’été ne débute que dans un mois. Ces températures printanières extrêmes pourraient impacter la physiologie des plantes et, à terme, les récoltes d’été et de fin d’été, voire celles de l’année prochaine.

Depuis la mi-mai, la France connaît une « anomalie statistique », expression employée par les climatologues. Le mercure atteint 30 à 35 °C, avec des pointes locales à 38 °C, notamment dans l’Ouest du pays et sur le pourtour méditerranéen. Touchant également plusieurs pays européens, cet épisode est présenté par les scientifiques comme un rappel brutal des effets du changement climatique.
Des cultures fruitières confrontées à une chaleur inédite
Depuis la sortie de l’hiver, les chercheurs observaient déjà des cycles végétatifs accélérés, avec des floraisons précoces sur plusieurs espèces fruitières. Agronome et directeur de l’unité agroclim de l’Inrae Paca, Iñaki García de Cortázar-Atauri souligne le caractère exceptionnel de cette vague de chaleur, qui intervient un mois plus tôt que celle observée en 2025. « On est face à un épisode inédit, les plantes sont confrontées à des températures très élevées à des périodes où elles n’y étaient jusque-là pas exposées. »
Une précocité qui a lieu lors de stades de développement physiologique sensibles. Sur pommier par exemple, les fortes températures pourraient affecter la croissance des jeunes fruits et, à terme, leur calibre. « La plante se met à l’arrêt, stoppe sa photosynthèse pour se protéger et limiter son évapotranspiration ; cette réaction va avoir un impact direct sur la taille du fruit plus tard », explique le chercheur. Les effets restent encore difficiles à quantifier, mais les scientifiques estiment que ces stress thermiques pourraient avoir des conséquences sur la qualité et le développement des productions récoltées à la fin de l’été.
Des effets possibles pour la saison prochaine
Au-delà des conséquences immédiates, les chercheurs s’inquiètent aussi des effets différés sur certaines productions fruitières. Chez le cerisier par exemple, les scientifiques évoquent un possible impact sur l’induction, une phase déterminante dans la préparation de la récolte suivante. « On pourrait donc avoir un effet sur la formation des cerises de l’année prochaine. » Des travaux sont également en cours sur l’impact des fortes températures sur les semences produites cette année : « Certaines graines pourraient présenter ultérieurement des comportements différents après avoir subi ces stress climatiques. »
À ces effets thermiques s’ajoute un déficit pluviométrique déjà marqué dans plusieurs régions françaises. Les scientifiques craignent désormais un assèchement rapide de la végétation dans les prochains jours si les réserves en eau deviennent insuffisantes.
Toutefois, le monde de la recherche reste prudent, du fait d’un manque de recul sur les impacts possibles de ces épisodes de chaleur très précoces. Des travaux sont menés pour déterminer si ces événements affaiblissent durablement les végétaux ou si, au contraire, cette exposition précoce déclenche des mécanismes d’endurcissement qui renforcent la résistance future des plantes. Autant de réponses qui varieront selon les espèces, les territoires et les conditions climatiques rencontrées.
Des travaux pour renforcer la résilience des systèmes agricoles
Face à la répétition annoncée de ces événements extrêmes, l’Inrae rappelle la nécessité d’adapter les systèmes agricoles : diversification des cultures, agroforesterie, ombrage ou encore nouvelles pratiques de gestion de l’eau figurent parmi les études réalisées pour renforcer la résilience des exploitations agricoles. « L’objectif de ces travaux est de contraindre les productions à être plus résilientes face au dérèglement climatique. »










