Un été sous tension pour les fruits à noyau

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    L’été des fruits à noyau a ressemblé à un feuilleton en plusieurs épisodes, où les professionnels ont tiré plusieurs fois la sonnette d’alarme.

    rayon pêches et nectarines en grande distribution
    © DR

    Fin août, l’abricot est toujours en crise conjoncturelle, sans discontinuer depuis le 24 juillet. Mais la fin de saison apporte comme souvent un peu de répit : moins de volumes, moins de stocks, variétés tardives phares (Nelson, Madrigal, Farial, Fartoli, Farlis…), et cette année un climat caniculaire relançant la consommation.

    « On redevient un peu plus serein, mais les tensions sur les prix ont été difficiles sur toute la saison. On avait presque oublié ce qu’était le commerce ! La pêche et nectarine s’en sort mieux que l’abricot, mais il faudra attendre le bilan de campagne pour évaluer concrètement la situation de la saison 2023 », indique Muriel Millan, responsable technique de l’AOP Pêches et abricots de France. Les producteurs ont aussi été « surpris par une très grosse production » à laquelle ils ne s’attendaient pas : autour de +15 % en abricot, ce que confirmera l’AOP après la saison.

    La consommation n’a pas décollé en abricot

    « Double peine » pour les professionnels, résumait ainsi l’interprofession au 21 juillet : après la sécheresse et quelques caprices météorologiques, la consommation n’a jamais vraiment décollé en abricot (excepté fin août), malgré des opérations promotionnelles continues auxquelles la plupart des enseignes ont souscrit.

    D’où la question posée, qui méritera réflexion et des réponses : dans un contexte inflationniste global installé dans le paysage et une plus forte appétence pour les produits transformés, pourquoi les consommateurs se détournent-ils des fruits et légumes d’été alors que les signaux sont au vert (qualité, accessibilité prix, quantité) ?

    Les relations se sont également tendues avec les grossistes. Dès le 13 juillet, des producteurs de fruits ont mené une action syndicale en région Rhône-Alpes auprès de la Maison Barioux en zone de production pour vérifier la provenance des produits, mais ils se sont vus « refoulés » par le dirigeant.

    L’enseigne Carrefour a également été pointée du doigt le 27 juillet par le syndicalisme agricole quant à la « promotion de pêches espagnoles en pleine saison de production française » et à des « prix bas », photos des prospectus à l’appui, dénonçant un manque de concertation. Ambiance.

    « La grande fragilité de notre fruit »

    Des discussions qui sont remontées au national entre les responsables professionnels des producteurs et les enseignes, mais également les entreprises de gros. À court terme, les grossistes s’engagent à la mise en avant de l’abricot français en priorité et des démarches d’identification comme Vergers écoresponsables.

    À moyen terme, les deux parties « s’engagent à travailler à l’adaptation des produits à la demande des consommateurs, aussi bien sur le marché du commerce de détail que de la restauration collective ». Sans présager du chiffrage économique final, l’AOP Pêches et abricots de France évoque déjà à fin août concernant l’abricot que « l’année 2023 restera comme un millésime laborieux, voire chaotique, tant pour les arboriculteurs que leurs partenaires commerciaux. Il dénote la grande fragilité de notre fruit, tant sur le plan de sa qualité gustative, que de sa commercialisation délicate ».

    L’organisation regrette également la spirale du déclin constatée surtout en juillet : « Des quantités importantes de produits espagnols ont été commercialisés en PAV (prix après-vente) et les cotations sont très basses. »

    En savoir plus sur les fruits à noyau : Pêches, nectarines, abricots : nouvelle ère, nouvelles voies ?