Le ministère de l’Agriculture publie un rapport de prospective sur l’avenir du bio. Quatre scénarios contrastés dessinent les risques de marginalisation comme les leviers d’un possible redéploiement.

Le rapport de prospective intitulé « Quels avenirs pour le secteur bio français à 2040 ? », confié par le ministère de l’Agriculture à Ceresco et au Crédoc, explore les différentes voies possibles pour la filière bio, en quête de rebond. En effet, cette étude intervient alors que l’agriculture biologique traverse une crise sévère après vingt ans de croissance continue.
En 2023, le bio représente 14 % des exploitations, 19 % des emplois agricoles et 10,4 % de la surface agricole utilisée, mais seulement 6 % des ventes alimentaires. Après un pic en 2020, le marché s’est contracté à 12,1 milliards d’euros en 2023, en recul de 7 % en volume sur un an, et les conversions ralentissent nettement.
Le rapport explore quatre trajectoires contrastées à l’horizon 2040. Dans un premier scénario, la priorité donnée à la croissance économique marginalise le bio, cantonné à quelques niches locales et urbaines, sans cadre commun européen. Dans le deuxième, une « troisième voie », durable mais moins exigeante, s’impose comme référence, reléguant le bio à moins de 3 % des achats alimentaires. Le troisième scénario décrit un redéploiement du secteur grâce à un assouplissement du cahier des charges, permettant d’atteindre 30 % du marché. Enfin, le dernier scénario envisage un basculement général vers l’agriculture biologique, devenue la norme sous l’effet de politiques volontaristes et de la convergence des politiques agricole, environnementale et sanitaire.
Le risque réel de marginalisation
Au-delà de ces visions divergentes, les auteurs soulignent deux enjeux communs. Le premier est le risque réel de marginalisation de l’agriculture biologique face à d’autres démarches environnementales plus souples et mieux valorisées. Le second est l’existence de leviers pour relancer la dynamique.
À court terme, le maintien d’une offre suffisante et visible dans le commerce et la restauration apparaît essentiel, tout comme le soutien aux infrastructures de transformation et de distribution. À plus long terme, l’intégration des externalités environnementales dans les prix agricoles, la progression de l’éducation alimentaire et la visibilité de la parole scientifique pourraient renforcer l’attractivité du bio. Le rapport appelle ainsi les décideurs publics et les acteurs économiques à se saisir de ces leviers pour éviter un déclassement durable du secteur










