Le Min de Rungis à l’heure du confinement

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Jérôme Desmettre est grossiste en fruits et légumes sur le carreau du Min de Rungis. Il préside le syndicat des grossistes en fruits et légumes du marché. Il exprime sa préoccupation face aux priorités manifestées par la Semmaris dans la gestion de la crise.

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Comment se sont déroulées pour vous les toutes dernières semaines correspondant au début de la crise ?

L’activité du carreau s’est maintenue à un très bon niveau jusqu’à ce que le gouvernement décrète la fermeture de l’ensemble des marchés de plein vent. En effet, les millions de repas quotidiens servis par la restauration collective et commerciale ont dû se reporter sur les foyer,s dont les achats ont évolué en proportion. En revanche, l’annonce de la fermeture des marchés nous a porté un coup très sévère et a contracté notre activité de 40 à 50 % selon nos profils de clientèle. Il faut aussi tenir compte du fait que plus d’un million de Franciliens ont quitté leur résidence principale à l’annonce du confinement pour rejoindre leur résidence secondaire en province. Du coup, nos confrères du Min de Bordeaux nous témoignent du maintien d’un très bon niveau d’activité. En outre, je rappelle que, dès le début de la crise, les GASC qui servent la restauration ont vu leur activité étranglée de 80 % par la fermeture de la restauration. Les magasins et autres cours des halles continuent à bien travailler, mais nous considérons que c’était une erreur de fermer uniformément tous les marchés, sachant que les GMS ont beaucoup de mal à répondre à la forte demande des ménages répercutée vers elles depuis le début de la crise et que les risques de transmission du virus n’y sont pas plus faibles que sur des marchés ouverts bien organisés. Dans ce contexte, il faut souligner que nos entreprises souffrent et que la crise risque d’être fatale pour les plus fragiles.

Les choses ont évolué depuis ?

Oui, depuis la fin de la semaine passée, suite aux pressions exercées par Interfel, Unigros et d’autres organisations professionnelles, environ 1 200 marchés (sur près de 10 000) ont pu rouvrir sous la responsabilité des maires et des préfets. Certains détaillants sur marché se sont également adaptés, en déployant par exemple un service de livraison aux clients, ce qui leur permet de maintenir un minimum d’activité. Un de mes clients, qui sert des paniers, a vu son activité multipliée par 5. De notre côté, nous avons dû nous adapter, maintenir notre activité d’approvisionneur, même si nous travaillons à perte et si nous devons assumer un absentéisme moyen de l’ordre de 15 % environ. Mais je dois déplorer que, d’un côté, les pouvoirs publics nous disent qu’ils vont nous aider et que, de l’autre, l’actionnaire de référence de la Société d’économie mixte (la Semmaris, détenue à 40 % par le fonds de pension Crédit Agricole Assurance) qui gère ce service public qu’est le marché de Rungis ne nous donne pas les moyens de gérer cette crise dans les conditions prescrites par les pouvoirs publics. En mal d’effectif, les services de la Semmaris ne sont pas non plus en mesure d’enregistrer de nouveaux clients professionnels sur le marché. Et, dans le même temps, nous apprenons dans les médias avec étonnement la mise en place de la plateforme de commande B to C « Rungis livré chez vous », qui cible tout simplement les clients de nos clients.

Avec cela, nous sommes submergés d’appels de professionnels qui nous demandent des explications sur cette situation ubuesque, explications que nous sommes naturellement dans l’incapacité de fournir.