Commerce européen : « C’est l’heure d’être solidaires, pas de nous battre sur les marchés »

0
255

La Belgique a déployé quasi les mêmes mesures de confinement que la France, presqu’en même temps. Quelles conséquences pour les cadrans belges, dont l’export représente une part non négligeable des débouchés ? Vanessa Ringler, responsable marketing et commercial export pour le Vlam, office flamand d’agromarketing, témoigne de la situation en Belgique et sur les marchés européens.

© DR

Comment les échanges européens sont-ils impactés par la crise sanitaire ?

Je suis en charge des marchés export vers la France, l’Italie, l’Angleterre, l’Espagne, la Suisse et l’Irlande. La fermeture de la RHD et des marchés publics, dans certains pays, se traduisent par une très très forte baisse d’activité sur les marchés de gros. Celui de Milan a perdu environ la moitié de ses volumes et les prix chutent après avoir été très élevés au tout début de la crise, lorsque les consommateurs se sont rués dans les magasins pour faire des stocks. Or 85 % des exportations des cadrans belges (unis sous la démarche qualité Flandria) vers la France passent par les marchés de gros. De surcroît, tous les pays en Europe appellent leurs distributeurs et leurs consommateurs à soutenir leurs productions nationales. C’est le mot d’ordre partout, également chez nous en Belgique. Par conséquent, les échanges européens sont fortement réduits.

Quelles conséquences pour les exportations belges ?

Elles sont substantiellement diminuées. La situation varie néanmoins d’un exportateur à l’autre et d’un produit à l’autre. Pour la fraise, qui arrive en pleine campagne au mois d’avril, les possibilités d’exportation seront sûrement réduites. Le marché français achète normalement 20 % des volumes de fraise belges exportés. Cette année, il sera naturellement réservé à la production française.

Pour le VLAM, qui œuvre à promouvoir les marchés exports, quelles actions sont déployées ?

L’objectif est de réorienter en partie les volumes habituellement dédiés à l’export vers le marché national. Aujourd’hui, l’Europe a besoin de soutenir son agriculture et ses filières. Ce n’est pas le moment d’aller forcer des marchés chez les autres. C’est l’heure d’être solidaires, pas de nous battre sur les marchés. Certes, la Belgique reste présente pour proposer des produits aux pays qui en manquent. Mais l’essentiel des actions du Vlam est actuellement mobilisé vers le marché belge. On essaye surtout de sensibiliser le consommateur avec « Soutenez les producteurs, achetez local, #biencheznous ». Et les enseignes jouent le jeu de l’approvisionnement national. Côté consommation, je suis optimiste. La semaine dernière, les achats de fruits et légumes ont représenté trois fois le niveau des ventes de Noel. Toutefois, cette semaine les prix des légumes et des produits destinés à la restauration ont pris des coups. On restera surement dans une période de vagues, difficile à prédire. Au cours des deux dernières semaines, les consommateurs belges ont considérablement modifié leur comportement d’achat : la fréquence d’achat a diminué alors que les volumes par achat ont fortement augmenté.

Concernant la filière horticole, durement frappée par la fermeture des fleuristes et jardineries, on a immédiatement créé une plateforme de vente en ligne. Les gens confinés ont le temps de jardiner, ils commandent leurs plants et sont livrés.

Comment se passe le confinement en Belgique ?

Dans la province d’Anvers, où je réside, la situation est plutôt tendue. Les mesures de confinement sont strictes, il y a une crainte grandissante parmi les habitants. Dans les magasins, c’est le grand retour des conditionnements, alors que de nombreuses mesures existaient pour inciter les consommateurs à acheter en vrac ou à apporter leurs propres contenants. Par conséquent, la filière se trouve en recherche d’emballages, dont une partie provenait de Chine et les stations sont ralenties.

La situation est compliquée aussi pour le transport des marchandises, par le manque de main d’œuvre en production et dans les stations d’emballage. Heureusement, nos entreprises sont très flexibles et agiles, elles peuvent répondre rapidement aux demandes changeantes. Nous applaudissons le fait que, finalement, tout le monde est conscient de l’importance des aliments ? Ce qui résulte en un respect croissant pour les producteurs, ainsi que pour les détaillants et le personnel qui travaille en grande surface. La première vague de stockage semble terminée et les ruptures de stocks deviennent moins fréquentes. Prenons notre courage à deux mains.