Branle-bas de combat sur les marchés

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La situation a substantiellement évolué depuis jeudi dernier et nous avons refait le point ce mercredi 25 mars avec Christian Berthe, grossiste et président du marché de gros de Lyon-Corbas, également président de l’UNCGFL.

Comment vivez vous l’interdiction des marchés forains annoncée par le Premier ministre en début de semaine ?

C’est un véritable coup de massue qui nous fait toucher du doigt les limites du système et de la manière dont les décisions sont prises : on préfère dire « on ferme » et concéder de possibles dérogations plutôt que de demander aux préfets et aux maires de s’assurer du strict respect des procédures sanitaires recommandées et indispensables dan les circonstances. Dans notre région Aura (Auvergne-Rhône-Alpes), le préfet a indiqué aux maires qu’ils pouvaient demander des dérogations et, de fait, plusieurs dizaines de demandes lui seraient déjà parvenues. Celles-ci seront accordées sous réserve que le maire organise le marché et assure le respect des règles sanitaires en vigueur, mais aussi que le marché en question soit essentiel à l’approvisionnement de la population concernée. Ce qui signifie en filigrane que, si une supérette se trouve à proximité, le marché n’est pas essentiel et qu’il n’y a donc pas lieu de le maintenir ! Près de Lyon, le marché de Saint-Genis-Laval, très bien organisé, a été fermé puis rouvert, mais strictement pour les producteurs… Dans un tel contexte, les marchands forains qui sortent d’une période hivernale financièrement tendue ne vont pas en rester là et je vois monter des initiatives d’ouverture de marchés privés avec une offre alimentaire complète.

Où en est l’activité des grossistes ?

Les grossistes à service complet sont encalminés à 20 % de leur activité normale, comme je l’ai déjà évoqué jeudi dernier. Quant à nous, sur le marché de gros, nous fluctuons entre 30 et 50 % d’activité selon les jours de la semaine. Nous sommes cependant rassurés par la bonne activité de notre clientèle en magasins. Les produits de saison sensibles, comme la fraise et l’asperge, connaissent les plus grandes difficultés et il nous manque la clientèle pour valoriser les produits de second choix qui ne trouvent pas preneur en GMS. Dans le même temps, les fonds de rayon tournent bien. Les consommateurs sont progressivement de plus en plus à cran, inquiets de l’avenir de leur emploi : soit ils font des économies, soient ils se défoulent par des achats sur Amazon. Les restaurateurs sont à zéro et se posent des questions sur leur durabilité. Sur le marché de gros de Corbas, nous avons réorganisé le protocole de visites de nos entrepôts, fermé le couloir de circulation d’une maison à l’autre. Désormais, nos clients rentrent par le quai et restent à plus de deux mètres du vendeur, mais nous lui garantissons une très bonne visibilité du produit Chez nous à Cofruly, notre offre n’a peut-être jamais été aussi bien présentée ! Et le client ressort par une autre issue, ce qui garantit l’absence de croisements actuellement inopportuns.

Quelle est l’action du collectif dans ce contexte ?

Je crois tout simplement que c’est l’heure du collectif ! Les grossistes fruits et légumes sont très bien représentés à Interfel, présidé par Laurent Grandin, et à la CGI, présidée par Philippe Barbier (groupe Pomona). Ces deux présidents ont un haut niveau de compétence de leur dossier et un solide engagement collectif. Leur engagement leur permet de donner des impulsions, de faire valoir solidement leurs arguments et nos enjeux auprès des pouvoirs publics.

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