Plan de souveraineté : 200 M€ annoncés en 2023

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    La filière a vécu un moment historique avec l’annonce d’un plan de souveraineté pour la filière fruits et légumes, lors du Salon de l’agriculture. Une occasion unique également de réunir toute la filière, qui a œuvré à sa co-construction depuis septembre 2022.

    Le Salon de l’agriculture 2023 restera certainement dans les annales de l’édition de l’annonce de « plans » : lancement d’un plan de soutien à l’agriculture biologique, lancement du dispositif France 2030 de soutien aux investissements des agriculteurs « Équipements pour la troisième révolution agricole », plan de soutien aux industries agroalimentaires… Signe des transitions à accompagner mais aussi de la descente inquiétante de certaines filières, tels les fruits et légumes. Aujourd’hui, plus de la moitié des fruits et légumes consommés dans notre pays sont issus de l’importation. En vingt ans, la France a perdu 14 points d’approvisionnement et cette tendance s’accentue.

    Le ministre de l’Agriculture, Marc Fesneau, en est donc venu droit au but à l’occasion de l’annonce du plan de souveraineté pour la filière fruits et légumes, le 1er mars : en 2023, 200 M€ doivent être débloqués en faveur de la filière fruits et légumes, dont 50  M€ à parts égales pour la filière arboricole et le maraîchage, 50 M€ pour les investissements matériels, 50 M€ pour la R&D et l’innovation. Des fonds orientés à partir de l’enveloppe budgétaire France 2030 par appels à projet, et donc co-financement des professionnels, soit 400 M€ à envisager sur deux ans. Ce plan pluriannuel a pour vocation à se déployer jusqu’à 2030, sans visibilité budgétaire à date pour les années suivantes. L’objectif est clair : regagner 5 points de souveraineté d’ici à 2030 et enclencher une hausse tendancielle de 10 points à horizon 2035. Aucune filière n’a été épargnée, les fruits transformés, la filière pomme de terre et les exotiques, ainsi que toutes les productions de l’outre-mer étant inclus.

    © végétable

    Le plan vise à renforcer durablement la capacité productive de la filière, tout en engageant des transformations structurelles : modernisation et décarbonation du parc de serres, renouvellement et protection des vergers, agroéquipements innovants, recherche-développement et innovation, mais aussi soutien à la consommation de fruits et légumes à travers plusieurs axes nouveaux (lutte contre la précarité alimentaire, éducation alimentaire, etc.). « Je salue le travail de concertation mené depuis plusieurs mois par la filière et tous les acteurs, avec l’appui de mes équipes. Le plan issu de ces travaux met en évidence le lien entre la souveraineté alimentaire et la planification écologique. La stratégie est définie. Je sais maintenant pouvoir compter sur l’ensemble des parties prenantes pour faire fructifier nos efforts collectifs pour produire plus et mieux, pour répondre aux besoins et attentes des consommateurs français et aux effets du changement climatique », a exprimé Marc Fesneau.

    La filière n’a pas tardé à réagir aux annonces. Si elle salue quasi unanimement l’envergure du plan, les modalités et le calendrier de mise en œuvre interrogent. De même que l’articulation avec les régions et les collectivités locales : ce plan vise à adapter chaque bassin de production aux nouveaux contextes climatiques, ce qui selon certains induit un risque potentiel de concurrence entre les territoires.

    « Je remercie le ministre d’avoir accepté de relever le défi de toute une filière. Certes, il y a un atavisme familial, mais ce n’était pas facile de répondre à toutes les attentes. Dans ce plan, la moitié des fonds viendront des professionnels. Nous attendons maintenant que se mette en place un “guichet unique” pour faciliter la mise en œuvre de ce plan vers les professionnels », a sollicité Laurent Grandin, président d’Interfel. « Je salue le travail d’équipe que nous avons pu mener. Dans ce défi de la réduction des pesticides, nous sommes prêts à anticiper et mieux planifier. Nous allons pouvoir accélérer des techniques innovantes comme celle de l’insecte stérile. Nous aboutissons, avec ce plan, à quelque chose de formidable pour la filière. Je salue en parallèle l’annonce du gouvernement d’arrêter d’interdire certaines molécules sans solution alternative, alors que ces mêmes molécules sont autorisées dans le reste de l’Europe », s’est félicité Jacques Rouchaussé, président du CTIFL. La filière pommes-poires française se montre plus mesurée : grande exportatrice il y a encore cinq ans, soumise à forte pression avec la flambée des coûts de l’énergie et de l’inflation alimentaire en parallèle, l’ANPP appelle à des « mesures immédiates » pour faire face aux difficultés des producteurs, « sans remettre en cause les objectifs de ce plan peu ambitieux ». « L’échéance de 2030 du plan est un horizon beaucoup trop lointain alors que les deux années qui viennent seront déterminantes pour la survie du verger français. » Elle réclame en urgence « un plan de sauvegarde » sur vingt-quatre mois reposant sur trois piliers : assurer la viabilité économique de la filière avec notamment la réactivation d’un dispositif de prêts garantis par l’État, garantir l’accès aux moyens de production et apporter une information loyale aux consommateurs français. À ce titre, l’ANPP demande que la mention d’origine des pommes soient rendue obligatoire sur tous les produits frais, quel que soit le réseau de distribution, ou dans la composition de produits élaborés.

    © végétable

    La filière des fruits et légumes transformés représentée par l’Anifelt salue la prise de conscience, mais reste « vigilante » sur les problématiques spécifiques qu’elle rencontre, notamment la modernisation des outils de transformation, pour regagner en compétitivité par rapport aux confrères européens. La Confédération paysanne quant à elle estime que ce plan laisse les producteurs seuls face aux importations : « Il faut sortir de cette course à la compétitivité et s’engager sur la protection contre le libre-échange pour que la filière soit rémunératrice » et propose de soutenir des « prix minimum d’entrée ». Sur le volet consommation, elle soutient la mise en place d’une sécurité sociale de l’alimentation. La commission des affaires économiques du Sénat « se réjouit d’avoir enfin été entendue pour défendre des filières fruits et légumes dont la perte de compétitivité est établie et documentée de très longue date ». Sur la base d’un rapport sur la compétitivité de la Ferme France à fin 2022, le Sénat examinera en mai prochain une proposition de loi destinée à « lever les principaux freins à la compétitivité de l’agriculture française, en allant bien au‑delà du seul secteur des fruits et légumes et prenant à bras‑le‑corps les questions de normes, de fiscalité, du lien entre les Français et leur agriculture ou encore de l’accès à l’eau ».


    Un plan qui doit répondre à 3 grands enjeux :
    Défi environnemental, climatique, phytosanitaire
    Défi économique de la production durable de fruits et légumes
    Défi alimentaire, nutritionnel et sanitaire  

    Une stratégie en 4 axes pour y répondre :
    Axe 1 : protection des cultures fruitières et légumières
    Recenser et anticiper les difficultés de court et moyen terme en matière de protection des cultures
    Améliorer la mise en œuvre de certaines procédures d’autorisation pour les produits les moins préoccupants ou destinés aux cultures mineures
    Développer les alternatives disponibles aux produits phytopharmaceutiques
    Coordonner l’expertise technique et soutenir les projets de protection des cultures mineures
    Axe 2 : renforcer la compétitivité, les investissements et l’innovation pour la filière fruits et légumes en faveur d’une production de fruits et légumes durable, décarbonée et résiliente
    Développer une production durable et compétitive de fruits et légumes (décarboner, rénover le parc de serres et les vergers, déployer des moyens matériels…)
    Renforcer au développement économique de la filière, à la structuration de filière
    Adapter la filière au changement climatique et en atténuer ses effets
    Axe 3 : recherche, innovation, expérimentation et formation
    Soutenir et accélérer la recherche, l’innovation et l’expérimentation
    Déployer une offre de formation continue spécifique à la filière
    Axe 4 : Dynamiser la consommation de fruits et légumes dans le modèle alimentaire
    Communiquer massivement sur les bénéfices des fruits et légumes pour augmenter leur consommation (objectif d’atteindre 2/3 des Français qui consomment 5 fruits et légumes par jour, contre moins de la moitié aujourd’hui)
    Renforcer l’accessibilité pour les plus précaires, en s’appuyant sur le Fonds alimentation durable (60 M€)
    Renforcer l’éducation alimentaire pour promouvoir la consommation de fruits et légumes et faire de la restauration collective un levier pour favoriser la consommation chez les plus jeunes
    Développer à l’échelle territoriale des actions favorisant la production et la consommation de fruits et légumes dans le cadre des PAT (Plans alimentaires territoriaux).