Consommation des jeunes : entre idéaux et contraintes du réel

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    Les jeunes générations sont chroniquement sous-consommatrices de fruits et légumes, représentant autant un enjeu de santé publique que d’accessibilité. Mais la lame de fond du « végétalisme » n’a pas dit son dernier mot, d’après un sondage récent de l’lfop pour Interfel.

    Jérôme Fourquet et Laurent Grandin. © végétable

    Entre un décrochage de la consommation de fruits et légumes, plus marqué chez les jeunes générations, et une société face à un « mur de l’obésité » qui pourrait lui coûter 100 Md€ en 2030, Interfel a commandé un sondage auprès de l’Ifop sur « Les jeunes Français et la consommation de fruits et légumes ». Les résultats* ont été dévoilés par Jérôme Fourquet, directeur du département opinion et stratégies d’entreprise de l’Ifop, au petit matin du 2 mars en plein Salon de l’agriculture. En toile de fond, on retient que les fruits et légumes ont tout pour plaire et que les jeunes sont conscients de leurs bienfaits. « La pratique d’un régime alimentaire axé sur le végétal devrait encore s’élargir à l’avenir, puisqu’elle correspond aux souhaits des 18-30 ans et aux changements qu’ils déclarent opérer dans leur consommation », a rassuré Jérôme Fourquet.

    87 % des 18-30 ans affirment qu’une alimentation saine est une priorité pour eux et près de quatre jeunes sur dix (39 %) déclarent pratiquer un régime alimentaire principalement axé sur les végétaux. Soucieux d’une alimentation saine, 70 % des 18-30 ans précisent avoir mangé davantage de fruits et légumes frais au cours des douze derniers mois, 62 % moins de plats préparés tout faits et 51 % moins de viande. Deux tiers (65 %) souhaitent évoluer à l’avenir vers un régime alimentaire de plus en plus végétal, une proportion de 13 points supérieure à celle de l’ensemble des Français. « Il y a bien, aujourd’hui, une appétence particulière des jeunes pour un régime alimentaire végétal », confirme Jérôme Fourquet.

    Là où le bât continue de blesser, c’est sur les conditions d’accès à ces mêmes fruits et légumes. L’enquête montre que le pouvoir d’achat et le prix demeurent nettement les premiers déterminants de la consommation alimentaire des jeunes, malgré leur sensibilisation plus grande que leurs aînés sur les considérations environnementales et planétaires. Les clivages sociaux sont logiquement très forts sur cette question : 47 % des jeunes issus des catégories modestes déclarent que la priorité pour eux est d’avoir les moyens de se nourrir pour seulement 16 % des jeunes issus des catégories aisées, qui, eux, font de leur santé (47 %) une priorité. « Il est clair que nous devons continuer à travailler cette question de l’accessibilité », commente Laurent Grandin, président d’interfel, à la lecture des résultats. « À nous de nous reconnecter sur les instants de consommation, qui ont beaucoup changé : planches apéritives, petits-déjeuners, où l’on pourrait introduire plus de fruits et légumes. Fondamentalement, la mise en œuvre est essentielle. C’est pour cela que nous poussons également à généraliser les cours de cuisine à l’école. Il nous faut trouver les moyens d’inverser la tendance aujourd’hui ».

    L’enquête montre en outre la propension des jeunes à plébisciter solution du chèque alimentaire : 85 % des 18-30 ans déclarent qu’ils aimeraient l’utiliser s’il était créé. Un dispositif a été amorcé par le gouvernement avec un fonds de 60 M€. « Il ne représente que 5 € par personne et par an, soit 2 kg de fruits et légumes en plus par an, ce qui ne va pas changer la face du monde », regrette Laurent Grandin. Couplée à la solution à moyen terme des cours de cuisine à l’école et à la proposition de réduire la TVA des fruits et légumes à la hauteur des médicaments – soit 2,1 % –, la filière compte bien inverser la tendance.

    * Enquête réalisée par l’Ifop auprès d’un échantillon de 602 personnes représentatif de la population française âgée de 18 à 30 ans du 20 au 26 janvier 2023, selon la méthode des quotas.


    • 88 % des 18-30 ans affirment avoir du plaisir à manger des fruits et légumes
    • 4 jeunes sur 10 ont un régime alimentaire principalement axé sur la consommation végétale : 25 % sont flexitariens, 6 % pescétariens, 4 % végétariens et 4 % vegans.
      • 41 % des femmes ont un régime alimentaire principalement végétal, contre 36 % des hommes ; 
      • 54 % des diplômés du supérieur ont un régime alimentaire principalement végétal ,contre 29 % des jeunes non diplômés ou ayant un niveau CAP/BEP ;
      • 53 % des jeunes sympathisants de gauche ont un régime alimentaire principalement végétal pour 41 % des sympathisants Renaissance, 47 % des sympathisants de droite et 33 % de ceux d’extrême droite ;
    • Au cours des douze derniers mois, 70 % des 18-30 ans indiquent avoir modifié leur consommation alimentaire en mangeant plus de fruits et légumes frais ;
    • Deux tiers (65 %) des jeunes souhaitent évoluer à l’avenir vers un régime alimentaire de plus en plus végétal (+13 points par rapport à la moyenne de la population) ;
    • Près de 8 jeunes sur 10 (78 %) considèrent qu’aller vers un régime alimentaire plus végétal serait bon pour la santé publique (+10 points par rapport à la moyenne de la population), et 76 % que cela permettrait de limiter nos impacts sur l’environnement et la planète (+12 points par rapport à la moyenne de la population) ; 
    • Près de 6 jeunes sur 10 (59 %) avouent ne pas manger cinq portions de fruits et légumes par jour car :
      • ils n’ont pas les moyens financiers d’en acheter autant : 45 %,
      • les fruits et légumes frais ne sont pas pratiques à manger (épluchage, temps de préparation…) ou ils sont difficiles à cuisiner (28 %) ;
    • 40 % des jeunes déclarent que leur priorité est d’avoir les moyens de se nourrir suffisamment, devant :
      • les enjeux de santé (32 %),
      • les enjeux environnementaux (12 %),
      • les enjeux liés à la cause animale (9 %) ;
    • 85 % des 18-30 ans seraient prêts à utiliser un chèque alimentaire pour consommer plus de fruits et légumes frais.

    Source : enquête Ifop pour Interfel, « Les jeunes Français et la consommation de fruits et légumes frais », mars 2023.


    A télécharger : l’infographie « les jeunes et leur consommation de fruits et légumes ».