Les bons et les mauvais élèves d’Europe

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    Si les Européens ont bien pris conscience des bienfaits des fruits et légumes et affichent une volonté de végétaliser les assiettes, la consommation continue de baisser, freinée par un pouvoir d’achat en berne, comme le montrent les dernières études d’Interfel et de Freshfel Europe.

    Samuel Jequier et Laurent Grandin. © végétable

    Afin de comparer la perception des fruits et légumes frais, les freins à leur consommation ainsi que les attentes dans cinq pays d’Europe (parmi lesquels les quatre pays les plus peuplés), Interfel a commandé une enquête d’opinion auprès de l’institut Bona Fide*. « L’enjeu est d’accroitre la consommation de fruits et légumes au niveau européen, face au risque d’épidémie d’obésité qui pointe dès 2030 » a répété Laurent Grandin, président de l’interprofession, lors de la présentation des résultats de cette enquête à l’occasion du Salon de l’agriculture en février dernier. « Les consommateurs savent maintenant qu’une alimentation plus végétale est bonne pour la santé et pour l’environnement. » Reste à la mettre en pratique dans les assiettes.

    Cette enquête a permis à Samuel Jequier, sociologue et directeur général adjoint de l’agence Bona Fide, d’identifier un certain nombre de tendances communes dans les pays étudiées. Tout d’abord, l’importance d’une alimentation saine fait consensus et justifie le soutien de la politique européenne à l’accès à la consommation et d’éducation nutritionnelle.

    Plus de flexitariens

    64 % des Européens souhaitent aller vers un régime alimentaire de plus en plus végétal, à commencer par les Espagnols, qui sont 77 % contre 59 % des Français (+7 points par rapport à 2022). On peut toutefois féliciter les Français d’avoir bien appris la leçon « 5 fruits et légumes par jour », puisqu’ils estiment à 4,6 en moyenne le nombre de portions à manger pour être en bonne santé et sont 21 % à déclarer atteindre cet objectif, loin devant nos voisins. Cela atteste de l’efficacité du message de prévention. Et on pourrait se satisfaire ou se réjouir de ces bonnes intentions. Mais derrière ces déclarations disciplinées se tapit la réalité des achats qui ne cessent de régresser. Parmi les freins à la consommation de fruits et légumes frais sont cités le prix (50 %), la praticité (35 %) et la qualité gustative (29 %).

    La consommation dégringole

    Plus récemment, Freshfel a également publié la dernière édition de son indicateur sur la consommation de fruits et légumes dans l’Europe des 27, qui vient confirmer ce constat. La crise économique mettant fin à la tendance haussière constatée pendant les années Covid, la consommation continue de dégringoler, à 350 g par jour et par personne en 2022 (-5 % par rapport à 2021 et -3 % par rapport à la moyenne quinquennale). Cela représente 12 % de moins que les recommandations de l’OMS de 400 g/jour/personne, que seuls six pays atteignent (Grèce, Belgique, Italie, Portugal, Pologne, Roumanie). « Les scientifiques s’accordent sur le fait qu’on devrait même viser 800 g/jour/personne, mais les obstacles sont nombreux, notamment la mauvaise perception des prix et de la sécurité par les consommateurs », pointe Philippe Binard, délégué général de Freshfel Europe. « En parallèle, le secteur doit continuer ses efforts pour innover vers plus de praticité, de meilleurs goût et texture, cibler la communication vers les plus jeunes et chercher du soutien pour rendre les produits frais accessibles à tous les revenus. »

    Interrogés début 2024*, 43 % des Européens affirment avoir réduit leur consommation de fruits et légumes ces derniers mois en raison de l’inflation. La tendance risque donc de se poursuivre avant un providentiel rebond. 87 % sont favorables à une suppression des taxes des fruits et légumes pour en favoriser la consommation. En Espagne, où la TVA sur les fruits et légumes a été supprimée en janvier 2023 suite à l’inflation, 70 % des répondants jugent que cela leur a permis d’en acheter « plus ou autant qu’avant ».

    * Enquête réalisée par l’institut Bona Fide en France, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Espagne et en Italie, auprès d’un échantillon de 4000 personnes majeures du 26 au 29 janvier (questionnaire auto-administré)

    Pour les légumes, le brocoli est (étonnamment) le premier cité par les Européens, devant la salade et la tomate. La pomme est le fruit préféré des Européens, devant la banane puis la fraise. © Freshfel