Congrès Légumes de France : l’énergie au cœur des enjeux

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    Cela faisait onze ans qu’un ministre n’avait pas répondu à l’invitation des producteurs de légumes français.

    Jacques Rouchaussé, président de Légumes de France, a souligné combien il appréciait la présence de Marc Fesneau, ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, au congrès annuel de sa fédération, le vendredi 21 octobre à Avignon. Ce dernier, rappelant la nouvelle dénomination de son ministère, a souligné d’emblée que le souveraineté de la France en fruits et légumes s’est dégradée depuis vingt à trente ans. Précisant que 50 % de ces mêmes fruits et légumes consommés par les Français sont importés, il a affiché la volonté de limiter, voire inverser, cette tendance en offrant une oreille attentive aux producteurs, sans annonces particulières.

    Jacques Rouchaussé et Marc Fesneau. © végétable

    En introduction, Franck Sander, membre de la FNSEA, a pointé « le mur des charges qui met en danger les légumes de France ». Surmonter ce mur, c’est agir sur le coût de la main d’œuvre. Et l’état valide le TODE, dispositif transitoire d’exonération de cotisations patronales, jusqu’en 2026. « Il faut réfléchir à l’après. » Et étudier aussi les avancées possibles pour intégrer les permanents dans le dispositif. Jacques Rouchaussé a alors martelé : « Je reçois de nombreux appels ou mails de producteurs désespérés. Si rien n’est fait, la production française approvisionnant nos concitoyens chutera à 35 %. »  Réagir, c’est intervenir sur le coût de l’énergie. Sur ce point, le ministre a rappelé le dispositif européen de plafonnement et la nécessité de décorréler les prix du gaz et de l’électricité en France. Il a annoncé la mise en place rapide d’un nouveau régime d’aide national adapté aux fruits et légumes. Et l’énergie, c’est aussi l’agrivoltaïsme qui s’invite de plus en plus dans le secteur. Le représentant de l’État a rappelé l’importance de laisser au secteur agricole sa mission première et d’être vigilant sur des alibis qui détourneraient la vocation nourricière des producteurs. Sur le volet de la ressource hydrique, Marc Fesneau  a rappelé « la particularité arythmique de la pluviométrie dans le contexte de changement climatique qui nécessite une intervention humaine ». Il s’est fermement positionné en faveur des retenues d’eau et a qualifié de « bizarre » l’idée « d’un esprit de retour à l’état de nature » prôné par certains.

    © végétable

    Concernant la rémunération du producteur et donc du prix payé à ce dernier, le ministre a invité les distributeurs et les industriels à la contractualisation. La problématique du prix doit même être portée jusqu’au consommateur car, selon lui, la défense de celui-ci ne passe pas par un prix bas. Autre dossier récurrent : les phytosanitaires et interdictions de molécules. Domaine dans lequel la France est souvent « première de la classe et précurseur avec, à la clé, des impasses techniques ». « La France ne doit rien faire qui ne soit pas européen afin d’éviter toute distorsion de concurrence », a-t-il insisté. Et de préconiser « d’aller vite sur les autorisations alternatives telles que les biostimulants ». Autre domaine où notre pays fait preuve de (très) bonnes intentions et « piège » ses producteurs, par extension les consommateurs : les emballages avec la loi Agec. « L’enfer est pavé de bonnes intentions », a concédé Marc Fesneau. Les délais accordés aux professionnels ne suffisent pas. La loi ne prend pas assez compte les impasses techniques et les changements de comportement du consommateur. Face à des unités consommateur laissant moins apparaître le produit, ces nouvelles exigences participent à la baisse de la consommation des fruits et légumes. Dans les couloirs, les producteurs présents ont assuré avoir tiré la sonnette d’alarme…

    Force est de constater que si la plupart des problèmes cruciaux ont été abordés, la crise et les problèmes géopolitiques, eux, n’attendent pas. Il faudra aux gouvernants de la réactivité et des moyens pour répondre à ces nombreuses problématiques. Et aux producteurs, courage et volonté.

    © végétable