Asperge : des mesures inédites pour la filière

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Avec un début de saison exceptionnellement précoce et une consommation plombée par la crise sanitaire, l’asperge traverse une période particulièrement critique. L’AOP Asperges de France se mobilise sur tous les fronts pour relancer le marché et amortir les conséquences pour les exploitations, comme nous l’explique Astrid Étèvenaux, son animatrice.

Quelle est la situation pour la filière asperge ?

Très tendue. Depuis le début du confinement, le marché a été presque réduit à néant, par la fermeture de la RHD et par le désintérêt des consommateurs pour ce produit festif et qui ne se conserve que quelques jours. Côté production, la saison n’a jamais été aussi précoce. Les Landes ont démarré début février et arrivent en pic de production. Les autres bassins suivent, certains ont démarré, d’autres pas encore. Devant l’apathie du marché et la chute des prix, les producteurs font leur maximum pour limiter l’offre, en ne récoltant pas tout, ou en ralentissant la pousse des asperges en utilisant le côté blanc des voiles de culture. Ceux qui ont des asperges vertes les broient, attendant la repousse dans quinze jours. Et quelques-uns ont renoncé à ouvrir leur station et ne feront pas de saison.

Quelles actions sont déployées par l’AOP nationale, pour sortir de cette situation ?

Dès la semaine dernière nous avons sollicité la grande distribution, par l’intermédiaire de l’interprofession (Interfel) notamment, en appelant à son soutien pour ouvrir des lignes et mettre en avant le produit. Les réponses ont été positives. Certaines enseignes ont déployé une belle communication autour de l’asperge française, d’autres ont tout simplement arrêté leurs importations, se centrant uniquement sur l’origine nationale. Les mesures se mettent en œuvre dans les magasins depuis ce début de semaine. En attendant, des stocks avaient été constitués et les prix ont continué de chuter. La situation de crise conjoncturelle a été déclarée vendredi 20 mars. Mais, depuis ce matin, nous observons une relance des achats en asperge ! Espérons que les actions portent leurs fruits. Par ailleurs, nos OP adhérentes œuvrent à la régulation de l’offre, en informant au jour le jour leurs producteurs, qui prennent ensuite leurs décisions de récolter ou reporter lorsqu’ils le peuvent. L’AOP Asperges de France a également déposé une demande de procédure de retrait, avec l’AOP Fraises de France, ce qui n’existait pas pour nos filières. L’administration a été très réactive, nous donnant une réponse positive en trois jours. Nous attendons maintenant leurs calculs des taux d’indemnisation de la marchandise, pour les producteurs.

© AOP Asperge de France

Comment voyez-vous les prochains jours ?

On espère que le consommateur retrouve un réflexe de consommation plaisir. En plein confinement, bien manger et cuisiner en famille, c’est une activité positive. En Italie, où le confinement a commencé une semaine avant nous, on observe en ce moment une évolution des comportements d’achats. On revient vers l’alimentation plaisir.

L’idée est de communiquer en ce sens vers les consommateurs : « faites-vous plaisir, et en même temps, soutenez les producteurs. » Deux campagnes de communication sont en cours. L’une portée par l’AOP Asperges de France, qui cible les jeunes familles, via les réseaux sociaux. L’autre portée par Interfel, ciblée sur les produits de printemps avec notamment l’asperge et la fraise mises en avant.

Et d’un point de vue économique ?

La campagne asperge française se termine en juin pour les plus tardifs. C’est très court. Il nous reste moins de trois mois pour limiter la catastrophe économique pour la filière. L’enjeu est que les volumes de vente décollent, sans concéder des prix trop bas. Parce que les coûts de production sont impactés par la situation, les difficultés avec la main d’œuvre, la perte de récolte, les demandes de hausse (d’environ 25 %) du cout de transport. La solidarité de l’aval doit aussi prendre en compte ces éléments, sans quoi nombre de producteurs risquent de renoncer à récolter.

Astrid Étèvenaux anime l’AOP Asperge de France. © DR