Arterris : l’art de coopérer pour transformer

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    D’aucuns ont suivi le congrès annuel du groupe coopératif du grand Sud de la France, Arterris, n’aura pu passer à côté de ce leitmotiv, déjà vrai hier, encore plus fondamental demain.

    Bruno Parmentier au congrès d'Arterris
    Bruno Parmentier s’est exprimé lors du congrès annuel d’Arterris. © DR

    L’événement annuel du groupe coopératif Arterris le 20 septembre près de son fief à Castelmaurou, bien nommé « Symphonia », a matérialisé dès son ouverture la notion de coopération, sous la musique enregistrée d’un orchestre symphonique jouant Tchaïkovski (les amateurs auront reconnu quelques mélodies du « Lac des cygnes »).

    « Nous allons devoir apprendre à coopérer vraiment, à parler vrai, pour construire ensemble notre agriculture de demain. L’agriculture familiale a bien plus qu’un enjeu de nourrir la planète, elle a un enjeu social et environnemental », a insisté Jean-François Naudi, président du groupe.

    Défendre l’acte de production et la coopération

    Le groupe coopératif Arterris est conscient de sortir d’un monde et de basculer dans un autre autrement plus complexe, où les menaces s’additionnent, au premier rang desquels le dérèglement climatique et la déprise agricole : la région a perdu 110 000 ha sur ce « grand territoire de l’Occitanie ». Alors les 15 000 producteurs et 2 300 collaborateurs se sont retroussé les manches collectivement pour réviser leur stratégie, avant tout pour « défendre l’acte de production », a explicité en chiffres, en vision et en valeurs Christian Reclus, directeur général du groupe.

    Les opportunités de diversification ont d’ailleurs permis de limiter la casse de la déprise et des baisses de rendement en céréales – dont la filière légumes qui pèse 60 M€ de chiffre d’affaires pour 50 000 t de produits, et maintenant les fruits avec les amandes (dans un pôle agricole qui pèse 700 M€ sur les 1,2 Mds€ d’activité totale).

    Dans sa raison d’être, le groupe souhaite ancrer partout et avec toutes les parties prenantes le choix résolu de la coopération, ou « l’art de coopérer », devenu la nouvelle signature d’une marque elle-même revisitée par ses valeurs. « Servir l’humain, nourrir le monde, valoriser le travail de la terre, nourrir la vie et transmettre un héritage, ce sont aussi nos valeurs essentielles et nous voulons les partager avec la société pour donner envie aux jeunes de rejoindre l’agriculture », a décrit Jacques Groison, directeur général adjoint.

    Six grandes priorités doivent continuer à guider l’action, parmi lesquelles : développer la valeur dans les filières, l’engagement au service de la qualité et de l’excellence opérationnelle, le développement des marques par la modernisation des outils et méthodes, attirer et fidéliser les (nouveaux) talents, créer un environnement inclusif et participatif. « Nous voulons plus que par le passé participer aux débats de société, nous engager autour du futur de l’agriculture », a insisté le président.

    Un thème universel et fondateur, qu’a longuement développé Bruno Parmentier, économiste et conférencier, pour donner quelques clés de construction d’une agriculture viable et durable. Avec cette vision mondiale et cette prise de recul sur les faits qui le caractérisent si bien dans le paysage des conférenciers. 

    Produire 70 % de plus qu’actuellement dans le monde

    Égrenant certaines réalités, Bruno Parmentier a démontré deux heures durant pourquoi et comment il va falloir arriver à produire au moins 70 % de plus qu’actuellement pour (bien) nourrir 10 milliards d’individus. On comprend aussi, par son analyse, la perche lancée à la société et au monde politique pour élargir les frontières demain, compte tenu de certaines désertifications en cours comme en Espagne et encore plus au sud. « Si l’on veut continuer à vivre en paix, il ne faut pas avoir faim, et donc comprendre que notre vraie patrie n’est pas juste l’Europe des 27 mais celle intégrant le pourtour méditerranéen, avec les pays du Maghreb », a-t-il avancé.

    Après avoir exposé – non sans inquiétude réelle – toutes les contraintes d’ordre géopolitique, démographique, et les dérèglements climatiques, il a exposé in fine sa feuille de route pour une révolution verte (ou comment « produire plus et mieux avec moins »), et le rôle clé qu’ont à jouer les acteurs agricoles comme Arterris.

    Prônant l’agroforesterie, la replantation d’arbres « partout, partout, partout sur la planète » – soit mille milliards d’arbres si on veut stopper le réchauffement climatique –, Bruno Parmentier considère les agriculteurs « sauveurs de l’humanité », rien de moins. « L’agriculteur a deux métiers : nourrir l’humanité et désormais, refroidir la planète. J’espère que la société va les payer pour ce deuxième métier ! »

    Plus encore, il voit une révolution dans cette « société du silicium et du carbone », pour affronter le réchauffement de la planète comme l’épuisement des ressources. En d’autres termes, se servir des nouveaux outils de la robotique et de l’intelligence artificielle pour aller plus vite et plus loin.

    À noter qu’Arterris en a profité pour présenter sa nouvelle identité visuelle, à travers un logo mettant en valeur « L’art de coopérer ».

    Lire également la rubrique « Esprits libres » qui laisse la parole à Bruno Parmentier, dans notre futur magazine d’octobre, n°414.