La veille du salon Medfel, le Palais des congrès de Perpignan a accueilli une soirée dédiée aux fruits d’été et aux perspectives de la campagne 2026.

À l’initiative de l’AOP Pêches et Abricots de France, de l’AIM et de l’AOPN Prune, plus de 250 professionnels, dont de nombreux acteurs de la grande distribution, ont répondu présent pour cette 2e édition, à la fois conviviale et sans langue de bois. Points marquants : une nouvelle génération de producteurs, plus visible, et une féminisation progressive de la filière, signes d’un renouvellement en cours.
Bien que l’événement ait été très orienté vers la grande distribution, la présence de grossistes a permis de rappeler que 40 % des fruits et légumes sont écoulés par ce circuit. Tout au long de la soirée, les échanges ont contribué à resserrer les liens entre production et distribution, en offrant aux enseignes une lecture claire des calendriers et volumes à venir. « On est là pour dialoguer, s’écouter, apprendre à se connaître hors cadre entreprise », a souligné Myriam Martineau, présidente de l’AIM. « C’est l’essence même des interprofessions que de porter la voix de la production et tenir au courant nos clients acheteurs. » Un temps fort de la soirée s’est tenu en plénière, réunissant les trois filières et les distributeurs autour des leviers d’une campagne de fruits d’été réussie.
Basculer de l’Espagne à la France dès que possible
Le basculement des origines, moment critique, a été abordé avec une certaine sérénité. Pour Raphaël Martinez, directeur de l’AOP Pêches et Abricots de France, l’argument tricolore (qualité, bilan carbone, sécurité sanitaire) gagne du terrain, d’autant que l’écart de coût avec l’Espagne s’estompe. « Dès que le produit français est là, il doit entrer en rayon », a-t-il insisté, évoquant des débuts de récolte 2026 dès les semaines 21 pour l’abricot et 23 pour la pêche nectarine.
Côté distribution, le message a semblé passer pour plusieurs enseignes, comme l’a confirmé Alain Culié, de Carrefour, pour l’abricot français. Jean-Christophe Monnez, de Lidl, a tout de même rappelé que la question du prix reste centrale dans un contexte de consommation contrainte.
La réactivité du marché face aux aléas climatiques
Le melon, star météosensible de l’été, a illustré les enjeux de sécurisation. Jérôme Jausseran, coprésident de l’AIM, a souligné la fragilité des cycles courts : « Le moindre grain de sable engendre un retard de dix à quinze jours. » Pour fluidifier les volumes et s’adapter aux conditions météos, l’heure était à la planification agile.
« Nous avons arrêté les prospectus papier », a expliqué Julien Marjani, d’Auchan, au profit d’outils digitaux et de la radio, jugés plus réactifs pour coller au calendrier de production. Céline Glabien, d’E. Leclerc, a également précisé que les échanges hebdomadaires avec l’AIM étaient devenus la clé pour ajuster les promotions en temps réel.
Moderniser le rayon et séduire le consommateur
La prune, « petit poucet » des fruits d’été, selon Joël Boyer, président de l’AOPN Prune, cherche à grandir. L’enjeu pour cette petite filière est de moderniser son image grâce à l’innovation variétale et une mise en avant soignée. « On ne présente pas des prunes comme des pommes de terre », a-t-il noté, appelant à des étalages plus attractifs, en jouant sur les couleurs des différentes variétés.
Un défi d’exécution en magasin, comme l’a relevé Mathilde Lalanne, directrice du développement chez Promofel, qui a pointé le manque de formation des personnels. Par ailleurs, « la mise en avant ponctuelle représente 60 % de consommation supplémentaire », a-t-elle souligné.
La bataille des coûts et de la valeur
Enfin, la question du prix a clos les débats. Avec une hausse du coût de revient de 10 à 15 %, la production refuse les prix d’appel destructeurs (les fameux 99 centimes pour un melon). Si les distributeurs ont assuré marger à zéro lors des promotions pour écouler les stocks, l’amont a réclamé plus de visibilité. Alexis Bois, président de l’AOP Pêches et Abricots de France, a enfin rappelé l’essentiel : « Nous travaillons des produits plaisirs, nous pouvons aller chercher de la valorisation. »
Une ambition qui repose sur une relation humaine forte, agissant comme un « amortisseur » face aux crises du marché. « On se montre plus tolérant quand on connaît les problématiques de ses interlocuteurs. »












