Régénérer les écosystèmes avec les fruits à coque

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    Des démarches de replantation de fruits à coque, notamment d’amandes, émergent sur le territoire. Le projet d’Amandera réunit à lui seul les conditions d’un renouveau agricole et alimentaire possible.

    Fils de producteurs installés dans les Pyrénées-Orientales, Rémy Frissant, bien connu dans le monde des filières et de la bio depuis vingt ans, a décidé d’investir dans la production d’amandiers et de noisetiers dans le sud de la France (vergers en 3e feuille sur Aix-en-Provence et dans le Lot-et-Garonne). 55 ha d’amandiers et 55 ha de noisetiers sont déjà plantés – et certainement d’autres espèces à l’avenir – pour un projet de 400 ha à moyen terme et une première « vraie » récolte attendue pour 2023. « Ce qui me passionne, c’est cette dimension amont, comment recréer des filières de production. Je veux faire de l’agroécologie et de l’agriculture biologique, construire une démarche commerciale en direct sur le territoire, et pour cela il faut du volume », expose-t-il. Et surtout, être capable de lever les verrous du financement, un « point fondamental ». C’est grâce à la dynamique du réseau Terre de liens que le producteur a trouvé son partenaire financier qui cherchait à investir dans un projet agricole, Frédéric Lagacherie, associé depuis le départ. Amandera a officiellement démarré en 2019.

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    Tous les ingrédients d’une filière courte maîtrisée sont réunis : plantations étudiées et réparties dans au moins deux territoires pour limiter les risques, montée en puissance grâce au crowdfunding participatif (800 actionnaires), agriculture régénérative basée sur les sols vivants et conduite en agriculture biologique, économie sociale et solidaire comme raison sociale et d’agir, projet de label bas carbone déposé sur les nouveaux vergers, sélection du partenaire commercial Agro sourcing pour la transformation et le conditionnement des fruits pour viser in fine le marché de l’épicerie. Le projet de valorisation est global : fruit à coque et en frais. Et surtout, il est pensé dès sa création comme un écosystème à part entière qui restaure les équilibres. « Le fruit sec n’est qu’un moyen pour restructurer les sols et l’environnement », souligne Rémy Frissant. Dès lors, il a choisi de semer des jachères fleuries avec espèces sélectionnées en inter-rang sur 5,5 mètres, et projette de faire côtoyer d’ici à dix ans l’amandier dans des parcelles de grandes cultures et donc d’écarter plus encore les rangs…

    Tout est calculé pour nourrir le sol, le régénérer, fixer le carbone, ramener de la matière organique en mulch sur le rang… avec cette nécessité d’en mesurer les impacts en mettant en place les bons indicateurs. « Ramener un retour de vie crée un déséquilibre au début. Il faut huit à dix ans pour restaurer les équilibres, pour revoir les renards, prédateurs des campagnols », relève Rémy Frissant. Un faon et un renard ont d’ailleurs été aperçus au petit matin de la visite.

    Dans une réflexion globale de recherche de plus d’autonomie, le producteur a décidé de fabriquer ses propres fertilisants – 10 000 litres au démarrage sur le site d’Aix-en-Provence –, avec l’idée d’atteindre une taille critique semi-industrielle à moyen terme qui bénéficiera à d’autres agriculteurs dans les territoires. L’observation et le tissage d’un réseau agronomique solide qui co-échange en permanence sur les bonnes pratiques et les démarches de progrès sont ses précieuses armes. « Je fais mes analyses de sève, je calcule mon besoin, je fabrique mes bactéries (litière forestière fermentée) et mes composts en conséquence. Il faut arrêter de se focaliser uniquement sur le N, P, K », explique-t-il. Une deuxième phase sera de mettre à disposition les connaissances et l’accès au matériel pour former d’autres confrères. « Je crois à l’open source, à la réappropriation du savoir et de sa diffusion par les producteurs eux-mêmes », plaide Rémy Frissant.

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