Pomme de terre : exporter sans CIPC

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    La moitié des pommes de terre produites en France est exportée. C’est dire le poids de l’export pour cette filière. En assemblée générale fin janvier, l’interprofession montre qu’elle est prête, même amputée de son antigerminatif historique, pour le maintenir, voire conquérir de nouveaux territoires.

    Une pomme de terre sur deux produites en France est exportée, soit 2,7 Mt par an depuis cinq ans. Cela représente un chiffre d’affaires moyen de 543 M€ et place la France comme premier exportateur mondial de ce secteur, devant l’Allemagne (1,7 Mt), les Pays-Bas (1 Mt) et la Belgique (900 000 t). La moitié de ces exportations est destinée au marché du frais, l’autre à l’industrie. Et, détail qui a son importance, 40 % de ces volumes s’écoulent entre mars et juillet, période de longue conservation, là encore à parts quasi égales entre frais et industrie. Avec la fin du CIPC, des attentes sociétales différentes, une concurrence internationale forte, des marchés matures à destination et d’autres en émergence, les flux commerciaux pourraient bien être modifiés.

    Face à ces changements, le CNIPT (Comité national interprofessionnel de la pomme de terre), lors de son assemblée générale du 30 janvier, a soulevé la question : comment la filière exportatrice française se prépare-t-elle aux nouveaux défis ? Ces menaces pourraient-elles au contraire être transformées en opportunités ? Autant d’éléments qui constituent une première approche que les opérateurs devraient approfondir. À l’appui d’une étude sur les principaux pays européens importateurs de pommes de terre françaises, un focus a été mis sur la Pologne, premier pays d’Europe producteur de pomme de terre, autour de 8 Mt, et premier consommateur avec 70 kg/habitant/an de pommes de terre fraîches. Dans ce pays dynamique, une montée en gamme a été constatée, ainsi qu’un intérêt pour des pommes de terre différentes de celles du marché local. Mais ce pays, client de la France, est aussi potentiellement son concurrent, avec des capacités d’exportation qui pourraient sensiblement augmenter.

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    Seulement 4 % des volumes français de pommes de terre fraîches (pour le frais et l’industrie) partent en dehors de l’Union européenne. Pour tenter d’être moins dépendant des partenaires historiques, le CNIPT a proposé de se tourner vers la Côte d’Ivoire et le Vietnam. Le premier connaît une forte hausse de son économie. Les volumes de pommes de terre importées y progressent, passant de 20 000 à 45 000 t en cinq ans. La production locale y est faible. Les pommes de terre françaises sont appréciées, mais sont souvent plus chères que celles de l’offre néerlandaise. Quant au Vietnam, la production locale y est faible (à peine plus de 300 000 t), consommée en frais à près de 80 %. Les importations, venues principalement de Chine, sont dédiées très majoritairement à ce marché. Les besoins de l’industrie ne sont couverts qu’à 40 % par la production locale. Des opportunités dans ces pays pourraient donc exister.

    En complément de ces présentations, la FN3PT (Fédération nationale des producteurs de plants de pommes de terre) a proposé une analyse du marché du plant et de ses flux à travers le monde, ces derniers étant le reflet de stratégies nationales dans les pays destinataires. Les évolutions de ces marchés peuvent en effet avoir des répercussions sur le marché européen du frais. L’institut Arvalis, enfin, a expliqué les différents leviers connus et les pistes à développer pour maintenir la performance à l’export des entreprises de la filière pommes de terre françaises, malgré l’interdiction de l’antigerminatif CIPC à l’échelle de l’Union européenne. Les coprésidents de la commission export du CNIPT ont conclu sur des notes positives : « Aujourd’hui l’export est un gage de performance de la filière sur deux débouchés, frais et industrie. Osons l’export, la filière a toutes les solutions pour répondre à l’après-CIPC. »