Pomme de terre : des atouts solides pour durer

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    Lors de l’assemblée générale du CNIPT le 10 janvier dernier à Paris, deux scientifiques ont exposé les multiples qualités de la pomme de terre et apporté une vision internationale. Nutrition, impact environnemental, sécurité alimentaire… la pomme de terre répond à tous les défis de demain.

    pommes de terre en magasin
    © DR

    « Produite majoritairement localement, à l’abri des fluctuations des cours mondiaux des céréales, la pomme de terre constitue une réponse efficace aux défis mondiaux que sont la résilience face au changement climatique, la sécurité alimentaire, et la subsistance d’une agriculture vivrière », a pointé André Devaux, agronome au CIP (Centre international de la pomme de terre). Au niveau mondial, la pomme de terre est la troisième culture derrière le blé et le riz. Aujourd’hui, 1,3 milliard de personnes consomment la pomme de terre comme aliment de base, ce qui correspond à plus de 30 kg/personne/an. « Mais la FAO* estime que la demande mondiale en pomme de terre va augmenter de 50 % d’ici 2050. »

    Confronté à des pressions croissantes pour garantir la sécurité alimentaire et parvenir à une agriculture durable, le gouvernement chinois, conscient de l’intérêt agronomique et nutritionnel de la pomme de terre, a lancé une politique de promotion du tubercule comme aliment de base, ou de produits transformés à base de pomme de terre. « Elle est considérée comme culture prioritaire pour améliorer les revenus et réduire la pauvreté. » Cet engouement pour la pomme de terre s’expliquerait aussi par ses qualités agronomiques et sa capacité à s’adapter aux différents systèmes agroécologiques. Et surtout, elle bénéficie d’une empreinte carbone plus sobre que les céréales, si on les compare par calorie produite (0,25 g CO2 eq/kcal pour la pomme de terre, contre respectivement 0,47, 0,46 et 0,33 g pour le riz, le blé et le maïs).

    Les propriétés d’un féculent et les atouts d’un légume

    L’impact sur les ressources en eau suit la même tendance. « Globalement, l’intégration de la pomme de terre comme aliment de base pourrait potentiellement réduire l’impact total (carbone-terre-eau) des cultures de 17 % à 25 % d’ici 2030. » Cette stratégie chinoise s’accompagne d’un développement de variétés plus productives (actuellement le rendement moyen en Chine est de 17 t/ha). « Le fait que des régions du monde culturellement éloignées de la pomme de terre s’y intéressent désormais nous montre qu’elle est en phase avec les défis de demain et pas du tout dépassée, comme on pourrait le craindre », a souligné Francisco Moya, président du CNIPT. « Certes, la consommation de pommes de terre diminue progressivement en France depuis un siècle, mais il faut mettre ces chiffres en regard de la consommation énergétique alimentaire globale qui est en baisse également, du fait de notre plus grande sédentarité », a complété le docteur Jean-Michel Lecerf, nutritionniste à l’Institut Pasteur de Lille. « Universelle, appréciée à tout âge, simple et saine, facile à manger, et surtout bonne :  il y en a pour tous les goûts », a -t-il plaidé. « Elle a les propriétés d’un féculent et les atouts d’un légume. »

    Ses propriétés nutritionnelles sont, selon lui, particulièrement intéressantes, car elle est composée de glucides complexes, tout en présentant un index glycémique moyen, et de fibres (plus particulièrement l’amidon refroidi). Elle contient également des minéraux et des polyphénols, aux fonctions antioxydantes et prébiotiques. « Non, la pomme de terre ne fait pas grossir, contrairement à certaines idées reçues. Tout est question de quantité et d’équilibre. » Par ailleurs, des travaux d’amélioration génétique au Pérou ont prouvé le potentiel des pommes de terre biofortifiées en fer pour lutter contre les anémies, dans un programme de protection sociale. Quatre clones de pomme de terre ont montré une accessibilité du fer significativement meilleure que des légumineuses, telles que les fèves ou les haricots. « C’est une approche potentiellement plus efficace qu’une simple complémentation alimentaire, mais qui amène des questions sur l’usage des biotechnologies. »

    * Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture