Biocontrôle : dix ans et de l’avenir

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    Carton plein au dernier Sival pour ce domaine de la protection des plantes, en pleine expansion. Mais avec encore des verrous à lever.

    Le ministre de l'Agriculture au Sival
    © végétable

    Après dix ans d’utilisation des produits de biocontrôle et une croissance sans relâche, quel bilan tirer ? Qu’il y a encore des marges de progrès possibles ! En France, un pic d’utilisation a été atteint en 2023, avec 11 % des surfaces déployées en ha mises bout à bout, toutes filières confondues (et 10 % en valeur, contre 5 % en 2014), « ce qui est très significatif », selon Christophe Jounaux, responsable commercial Europe chez Kynetech, et Joelle Sfeir, directrice marketing et développement chez UPL France. « Tous les ans, nous gagnons 0,56 point d’utilisation des solutions de biocontrôle en moyenne. »

    En pénétration, c’est plus de 50 % des surfaces, c’est-à-dire que les filières gagnent des nouveaux utilisateurs tous les mois, et plutôt sur le segment « insecticides ». Notre filière est championne en matière d’utilisation : pénétration proche de 100 % en arboriculture, le marché historique, et autour de 40 % en cultures légumières (serres et plein champ), « relativement stable depuis quelques années ». Avec des situations diverses. « En serre fermée, le biocontrôle maintenant, c’est 90 % de la solution », se félicite Charles Vinay, producteur en Vendée, pointant sa méthode entre prophylaxie et associations pour gagner en efficacité.

    Tout l’enjeu de la transition agroécologique est donc de basculer de plus en plus vers les grandes cultures, où le marché potentiel est conséquent : « Plusieurs millions d’hectares de surfaces cultivées », rappelle Christophe Jounaux.

    Dans le sens d’une efficacité de ces produits de biocontrôle

    Les témoignages d’utilisateurs abondent dans le sens d’une efficacité de ces produits de biocontrôle, alternatives aux solutions phytos classiques, et de leur impact positif sur les critères majeurs recherchés aujourd’hui, comme la biodiversité. « Nous avons débuté avec la confusion sexuelle sur le carpocapse des pommes, parce que les produits de biocontrôle ont démontré leur efficacité. Ils permettent de baisser l’IFT : au début, assez facilement de -20 à -30 %*. En conventionnel, nous pouvons même arriver à -50-60 % et -80 % en bio », souligne Pascal Borioli du GRCETA de Basse-Durance.

    Mais un prérequis est indispensable : se former et les équipes techniques en continu, pour sortir de la logique « un problème, une solution », vers une approche globale des écosystèmes.  Cela passe par « prendre le temps d’analyser et de comprendre les mécanismes des ravageurs, cela passe par plus d’observations, de phytosociologie et d’écologie des populations. N’oublions jamais qu’ils ont des fonctionnements et des interactions », rappelle Jean-François Fauveau, du Jardin des plantes à Montpellier.

    « La vulgarisation de ces produits passe par une approche, de la connaissance, un travail en réseau », appuie Pascal Borioli. Pilier de l’agroécologie, le biocontrôle est soutenu par le ministère de l’Agriculture, tel que l’a rappelé le ministre Marc Fesneau, invité à débattre au Sival. Il fait l’objet d’une stratégie nationale (2020-2025) qui « vise la mise en œuvre d’une série de mesures dans le domaine de la recherche, de l’expérimentation, de l’innovation industrielle, de la réglementation et du déploiement de solutions sur le terrain ».

    Les besoins sont là

    « La France a fait une surtransposition positive de ce point de vue-là ! » ironise le ministre. Sauf qu’il n’existe toujours pas d’accord sur la définition européenne du biocontrôle, contrairement aux matières actives chimiques, et le secteur s’impatiente. « On a la nécessité de cette inscription du biocontrôle à l’échelle européenne et d’un guide des micro-organismes**. Leur développement en Europe est extrêmement compliqué alors que les besoins sont là, du fait de leur difficile approbation au niveau règlementaire », insiste Céline Barthet, présidente d’IBMA France, l’association française des produits de biocontrôle.

    L’enjeu est aussi d’accélérer la diffusion de ces produits, le ministre reconnaissant lui-même le risque de « manque d’opérationnalité » à plus grande échelle sans accord au niveau européen.

    * Indice de fréquence de traitement (produits phytos).

    ** Le marché des micro-organismes est une « exception française » (autour de 8 %), alors qu’il est de 40 % dans le monde et 15 % en Europe, selon Massimo Toni, vice-président new business development chez Dunham Trimmer.