Pomiculture : à la merci de nouveaux diktats phytosanitaires

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    L’heure est grave pour la production de pomme, qui se voyait fin décembre 2020 exposée au risque de perdre tous ses fongicides de synthèse anti-tavelure et l’accès du pulvérisateur au verger en journée pendant la période de floraison.

    « Nos usages phytosanitaires n’ont jamais été aussi menacés par le durcissement de la règlementation et la volonté politique du gouvernement de verdir son bilan à l’approche des échéances électorales », annonce Josselin Saint-Raymond, directeur de l’ANPP (Association nationale pomme poire). « Notre avenir en devient très incertain, c’est très inquiétant. » Premier enjeu, la tavelure, maladie objet d’une lutte printanière réitérée dans toutes les régions de France. Trois fongicides multisites demeuraient accessibles jusqu’ici : le dithianon, le captane et le mancozèbe. Mais voilà, le dernier vient d’être définitivement retiré par l’Union européenne, le deuxième est fortement questionné et risque de se voir limité aux seules cultures sous abri. Et même le maintien du dithianon est remis en question par la Commission européenne, ce qui ne laisserait que le cuivre, à l’usage très réglementé, comme recours, également soumis à substitution. Car la bouillie sulfocalcique, qui constituerait aussi une alternative, n’est pas autorisée en France.

    Par ailleurs, le monde agricole, notamment l’ANPP, est très préoccupé fin 2020 par le plan pollinisateurs porté par la ministre de l’Environnement, Barbara Pompili. Celui-ci comporterait une clause interdisant toute application phytosanitaire en journée durant la période de floraison, à l’exception, le soir, des produits disposant d’une mention abeilles. Or aucun fongicide ni régulateur de croissance ne jouit actuellement de ce sésame. Sachant aussi que, pour de nombreuses espèces fruitières, la protection anticryptogamique au stade floral peut constituer un enjeu majeur pour le verger et la récolte. « On touche nettement du doigt les limites d’une stratégie de gouvernance qui consiste à ne considérer que les dangers d’une pratique, sans évaluer le bilan bénéficie/risques, et à interdire par principe de précaution sans se soucier de l’existence d’alternative », observe Josselin Saint-Raymond. « Nous avons l’Everest devant nous et nous sommes probablement condamnés à livrer une bataille publique, peu compréhensible pour la société, ce qui ne peut que nous pénaliser en matière d’image. C’est l’avenir de la production fruitière en France qui est en jeu, y compris biologique. » Les dernières passes d’arme courant décembre devaient s’avérer décisives sur ces dossiers vitaux.

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