Les conséquences de la guerre russe en Ukraine

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    En déclenchant un train de sanctions graduées de très haute intensité à l’égard de la Russie (et du Belarus), de ses dirigeants politiques, de ses chefs d’entreprises et de ses banques, la communauté internationale occidentale a montré son hostilité à l’acte guerrier engagé par Vladimir Poutine en Ukraine.

    La communauté internationale occidentale, par ses sanctions envers la Russie, assume les risques géopolitiques, les conséquences pour nos industries (amplification des prix mondiaux de l’énergie, difficulté d’accès aux métaux stratégiques), nos agricultures (limitation des offres en engrais avec hausse drastique de leurs prix), la désorganisation du marché mondial des matières premières agricoles (céréales, huiles végétales…).

    Toutes les organisations agricoles et alimentaires de l’UE, en rappelant leur solidarité avec le peuple ukrainien, ont tenu néanmoins à alerter les pouvoirs publics sur l’impact des effets dominos des sanctions sur l’économie de leurs filières, à souligner/quantifier les hausses des coûts de production, à projeter les conséquences sur le prix du panier de la ménagère à court terme, et à indiquer que la souveraineté alimentaire ne pouvait, dans ces conditions et temporairement, être confortée qu’avec un aménagement des engagements pris dans le cadre du Green Deal… sans remettre en cause ses principes.   

    Ces vagues de sanctions ont provoqué factuellement la chute du rouble, et poussé l’UE à « clarifier », en les renforçant, les restrictions imposées sur les cryptomonnaies pour éviter les échappatoires à l’interdit du réseau Swift. La solidarité occidentale s’est par ailleurs traduite par des décisions d’interdiction de nombreux ports aux bâtiments russes ; les principales compagnies maritimes (Maersk, MSC, CMA-CGM) ont décidé de ne plus accepter les réservations de marchandises en provenance de Russie, et de suspendre les expéditions non essentielles vers ce pays.

    De très nombreux pays fournisseurs de la Russie en produits alimentaires, dont des fruits et légumes frais, presque tous ceux qui n’avaient pas été touchés en 2014 par l’auto-embargo russe, sont en attente de paiement des ventes effectuées antérieurement au déclenchement de la guerre. Ils sont particulièrement paniqués, à commencer par les grands fournisseurs que sont la Turquie, le Maroc, l’Afrique du Sud, les pays latino-américains (bananes), l’Égypte, et même la Chine (aulx, gingembre)…

    Les fruits et légumes frais des pays tiers, non concernés par les présentes sanctions, pourraient être théoriquement livrés à la Russie, mais l’annulation des couvertures d’assurance des opérateurs russes et le blocage des systèmes de paiement ont conduit les fournisseurs à décharger ou transborder les marchandises flottantes dans les ports européens (ou turcs) pour les réorienter vers les marchés européens. Ces détournements ont conduit à des désordres conjoncturels : chute des prix, méventes par manque de fraîcheur, mais également à quelques destructions, en raison de l’incompatibilité des certificats phytosanitaires avec les exigences ad hoc de l’UE, en particulier en matière de traitement par le froid des agrumes, ou en matière de LMR pesticides. La hausse drastique des prix du transport, en particulier maritime et aérien, conduira très prochainement les fournisseurs de tous les continents à revoir sérieusement leur géographie commerciale et à prioriser l’exportation vers les pays plus proches, plus valorisants, ou « financièrement » plus sûrs. Il conviendra enfin de surveiller l’émergence des nouveaux flux d’approvisionnement de la Russie en fruits et légumes frais (et notamment la place qu’y tiendra la Turquie), ainsi que les modes de paiements ad hoc qu’elle mettra en place, depuis la Russie, les paradis fiscaux, ou… Chypre (non visée par l’interdit Swift).

    © DR