Une campagne 2026 pommes-poires « inédite et charnière pour l’avenir »

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    À l’occasion du lancement de campagne organisé par l’ANPP à Paris le 27 août, les professionnels de la filière se sont rassemblés pour établir le constat d’une campagne inédite, marquée par les événements climatiques, et identifier des leviers, notamment économiques, pour faire face à cette situation.

    Thierry Moisy ANPP
    © végétable

    Réunissant plus de 200 professionnels, des producteurs aux distributeurs, en passant par les grossistes et la restauration collective, le lancement de campagne de l’ANPP a mis en lumière les enjeux auxquels fait face la filière pommes-poires, dans un contexte de changement climatique, de tensions géopolitiques et d’enjeux autour de la souveraineté alimentaire.

    En introduction, Thierry Moisy, président de l’ANPP et arboriculteur d’Indre-et-Loire, a alerté sur la situation économique des pomiculteurs : « Depuis septembre 2025, pas un mois ne se passe sans qu’un de nos collègues ne soit mis en procédure collective. » Il a donc fait état de la filière, chiffres à l’appui : « Aujourd’hui, le verger est entré en décroissance : nous avons perdu plus de 1 000 hectares en trois ans. »

    La récolte française de pommes chute de 24 %

    Estimée à 1,162 million de tonnes en 2026, le volume de pommes est en recul de 24 % sur un an. Outre la diminution des surfaces, les rendements des adhérents de l’ANPP tomberaient sous les 38 t/ha, contre 44 t/ha en 2025. Vincent Guérin, responsable des affaires économiques et techniques de l’ANPP, explique cette baisse par des retours à fleur insuffisants, des séquelles des attaques de pucerons de 2025, la sécheresse, les canicules, mais aussi la réduction des moyens de production. « Dans ce bouleversement climatique, nos pommes consistent en un tiers de blanches, un tiers de fendues, un tiers par terre », témoigne François Mestre, producteur en Provence. Malgré cette petite récolte, la filière assure disposer de volumes suffisants pour alimenter le marché français.

    Les tonnages des variétés internationales comme Golden, Gala, Granny reculent, tout comme celles de terroir avec Belchard et Canada, tandis que les variétés club résistent davantage grâce à l’entrée en production de jeunes vergers.

    Les fortes chaleurs ont également limité le grossissement des fruits sans pour autant affecter la qualité gustative, qui est jugée excellente, avec des taux de sucre particulièrement élevés. « En Val de Loire, nous avons des taux de sucre autour de 15 ° Brix pour la Gala, ce qui est totalement inédit pour notre région ! » se réjouit Albert Richard, producteur.

    La tendance est également à la baisse en Europe. Présentées début août à Prognosfruit, les prévisions tablaient sur 9,5 Mt, soit -16 % par rapport à 2025. La plus petite récolte depuis 2017 ! Des estimations arrêtées avant les épisodes de canicule et de grêle du mois d’août, amenant l’ANPP à considérer ce volume comme un plafond susceptible d’être revu à la baisse.

    La poire poursuit sa progression

    Contrairement à la pomme, la récolte française de poires progresse de +4 % par rapport à 2025. Les poiriers auraient mieux résisté aux aléas climatiques, même si les canicules ont freiné le grossissement des fruits. Sur Conférence et Williams notamment, les producteurs observent une dominante de calibres 60-65 mm, plus petits qu’habituellement, appelant là aussi à davantage de souplesse dans les critères d’achat.

    Cette hausse des volumes accompagne une dynamique plus structurelle puisque, chez les adhérents de l’ANPP, les surfaces de poiriers sont passées de 1 455 ha en 2016 à 2 716 ha en 2025, soit une progression de 46 % en dix ans.

    « + 0,35 €/kg dès 2026, et durablement »

    Face au recul du potentiel de production, l’ANPP place la revalorisation du prix payé aux producteurs au cœur de ses demandes. « Il faut, dès 2026, une nette revalorisation durable des prix payés aux producteurs, pour passer le cap de cette petite récolte et surtout investir pour l’avenir », insiste Thierry Moisy. Le besoin est estimé à près de 0,35 €/kg supplémentaire : 0,25 €/kg pour absorber la hausse des coûts de production et 0,09 €/kg pour maintenir les capacités d’investissement et de renouvellement du verger.

    Aux distributeurs, grossistes et industriels, l’organisation demande également de privilégier l’origine France, d’adapter les grilles d’achat aux petits calibres et de soutenir les mises en avant en rayon. « La guerre des prix ne crée aucune valeur ajoutée chez les producteurs. Au contraire, elle risque de faire disparaître la production française », prévient le président de l’ANPP.

    En parallèle, l’ANPP entend agir sur la consommation, estimant que son recul « n’est pas une fatalité ». Recherche, expérimentation et communication doivent accompagner cette reconquête, notamment à travers le label Vergers écoresponsables. La démarche se dote en 2026 d’un nouveau logo, désormais ouvert à la prune, et d’une nouvelle campagne : « Croquez la vie, croquez des pommes ».

    Retrouvez plus d’informations sur la filière pomme dans notre prochain dossier du mois d’octobre (magazine végétable n°447).