Pour compléter les labels ZRP et biodiversité, « Tous gagnants ! » intègre des dimensions économique et sociétale pour « bien manger, bien produire et en vivre ».

Gilles Bertrandias, président du collectif Nouveaux Champs (et directeur des Paysans de Rougeline), a présenté, à l’occasion du SIA 2026, la nouvelle démarche « Tous gagnants ! », avec une idée simple : promouvoir une agriculture bénéfique à la fois pour ceux qui produisent et pour ceux qui consomment. Ce dispositif sera déployé dès le printemps 2026 et apparaîtra progressivement sur les emballages des fruits et légumes commercialisés par les adhérents du collectif. « Ce n’est pas une référence de plus, c’est valoriser ce qui existe déjà », a soutenu le président.
L’accès à la démarche ne sera d’ailleurs pas conditionné à la labellisation ZRP et pourra être élargie à des filières animales à l’avenir. « Tous gagnants ! » entend surtout sécuriser l’amont agricole et redonner de la visibilité aux producteurs, mais aussi aux distributeurs et aux consommateurs. « Il faut proposer un produit bon pour celui qui l’achète et juste pour celui qui le produit », a résumé le collectif. Quatre engagements structurent ainsi le modèle : un revenu sécurisé pour le producteur, une part du prix réinvestie dans le progrès des pratiques agroécologiques, un cahier des charges contrôlé par un tiers indépendant et une origine France garantie.
Plusieurs opérateurs du collectif Nouveaux Champs, comme Rougeline, Ferme Larrère, Blue Whale, Force Sud et Fruits et Compagnie, proposeront les premiers produits « Tous Gagnants ! », avant l’arrivée d’autres adhérents. Concrètement, la démarche prévoit la mise en place de contrats pluriannuels avec les distributeurs sur des volumes définis.
Un prix indicatif, validé en amont par les producteurs et leurs structures de commercialisation, doit permettre d’assurer la rentabilité des exploitations, avec un partage du risque entre les acteurs de la filière. Le collectif a appelé tous les distributeurs à rejoindre l’initiative. Des discussions sont déjà en cours avec certains pour accompagner son lancement et structurer les premiers partenariats. « Nous avons besoin d’un écosystème fort pour construire une économie réellement gagnant-gagnant », a insisté son président.
Au-delà de l’affichage, l’objectif est aussi de faciliter le passage à l’acte des consommateurs. Selon une étude Kantar (2025), 60 % d’entre eux souhaitent consommer durable, mais seuls 44 % concrétisent cet engagement. Prix, confiance et lisibilité de l’offre restent les principaux freins. « L’intention est là, mais le passage à l’acte reste fragile », ont constaté les professionnels. C’est donc une opportunité pour les consommateurs de soutenir consciemment, par leurs achats, l’agriculture française et la pérennité des exploitations.
Le collectif : notoriété en progression, mais arbitrages dans les rayons
Créée en 2018, l’association a franchi une nouvelle étape en 2025 en devenant association à mission. « Nous avons conservé notre ADN : relier l’amont agricole, les acteurs du marché et les consommateurs, tout en accompagnant des marques engagées », a souligné Gilles Bertrandias. L’an dernier, le collectif comptait 353 producteurs engagés, pour 12 300 tonnes commercialisées, en hausse de 12 %. Le chiffre d’affaires, lui, reste stable, traduisant une baisse de la valeur des produits dans un contexte de marché tendu.
Les labels historiques ZRP et Biodiversité ont poursuivi leur développement, avec une extension vers de nouvelles filières, notamment le surgelé et l’épicerie. Côté consommateurs, la notoriété du label ZRP progresse : 69 % des Français déclarent le connaître (+6 points en un an), parmi lesquels 71 % lui accordent leur confiance. Le label Biodiversité s’est quant à lui enrichi de la filière pruneau, tandis que d’autres productions agricoles sont en cours d’intégration.
Dans les volumes ZRP, la tomate domine largement avec 68 % de part de marché, devant la carotte (10 %) et la pomme de terre (4 %). Tous les grands distributeurs proposent aujourd’hui des références labellisées dont Intermarché (23 % des volumes), Carrefour (17 %), Leclerc (16 %), Lidl (14 %) et Auchan (10 %). Le collectif observe toutefois un resserrement des assortiments dans un contexte inflationniste. Le nombre de références labellisées est ainsi passé d’environ 200 en 2023 à une centaine aujourd’hui.
« La distribution a privilégié des produits plus accessibles », a reconnu son président, qui appelle désormais à retrouver un équilibre entre offre et demande « dans une logique de partenariats avec les distributeurs », sur certaines filières comme la tomate, où l’offre labellisée dépasse parfois les besoins du marché : « Nous sommes conscients que la promesse technique d’un produit doit trouver sa résonnance conso. »










