Souveraineté et lutte contre la déconsommation au menu

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    À l’occasion de ses vœux annuels, Laurent Grandin a souhaité une année « canon » pour la filière. Elle est surtout charnière sur de nombreux chantiers.

    C’est une première bonne nouvelle pour la filière en cette rentrée chargée : l’Aprifel (Agence pour la recherche et l’information en fruits et légumes), pilier complémentaire interprofessionnel aux côtés d’Interfel et du CTIFL, vient d’obtenir la reconnaissance d’utilité générale. « Cela ouvre des perspectives importantes et un certain nombre d’actions supplémentaires » se félicite Laurent Grandin, président d’Interfel, lors de la présentation annuelle des vœux, le 12 janvier. L’agence, forte de cette nouvelle reconnaissance, présentera plus concrètement au prochain Salon de l’agriculture, le 2 mars prochain, un plan d’action revisité et élargi, notamment pour lutter contre la déconsommation.

    © végétable

    Pour le reste, l’année 2023 démarre dans la lourdeur des chantiers de 2022. « C’est une année charnière où convergent des moments très importants pour nos trois maisons », souligne Laurent Grandin. Les épisodes de dérèglement climatique entre orages, grêle, gel ou canicule « amènent concrètement à repenser le modèle agricole pour les prochaines années ». La crise énergétique nécessite une mobilisation de tous les instants, surtout pour certaines filières comme l’endive ou la pomme, avec l’impression de « pédaler dans la semoule ». Toutefois, après plusieurs annonces touffues, le dispositif gouvernemental en faveur des petites et très petites entreprises profite à certaines de notre filière, qui peut compter par ailleurs sur le « soutien total » du ministère de l’Agriculture, mais qui n’est pas forcément décideur. « Nous prenons l’engagement que pas une exploitation ne sera laissée sur le bord de la route du fait des conséquences de l’augmentation des prix de l’électricité », veut croire Laurent Grandin.

    Quant au Plan de souveraineté pour la filière fruits et légumes, un consensus clair a été trouvé entre le gouvernement et la filière : l’ambition est d’arriver à 60 % de production française pour assurer un niveau de sécurité alimentaire sur tout le territoire, d’ici à 2030. Un niveau qui est actuellement à 50 % et qui se dégrade. « Si nous continuons dans la tendance actuelle, nous passerions à 35-45 % de souveraineté dans une dizaine d’années, ce qui n’est pas acceptable pour un grand pays producteur comme la France », appuie Laurent Grandin. Ce plan est développé en quatre priorités stratégiques pour parvenir à atteindre ces objectifs et la filière attend plus d’efficacité dans la concertation avec les pouvoirs publics.

    L’enjeu est d’autant plus fort que les citoyens-consommateurs, notamment les plus jeunes, sont chroniquement sous-consommateurs de fruits et légumes, selon Aprifel. Pourtant, ils restent abordables, dans une « non inflation » par rapport à d’autres produits frais (+ 6,5 % vs + 12,5 % entre novembre 2021 et octobre 2022). Parmi les leviers de relance possible ont été évoqués le chèque alimentaire pour les plus démunis, que soutient l’interprofession, et les « paniers malins » hebdomadaires pour inciter à consommer davantage de produits de saison au meilleur rapport qualité-prix. Une communication ciblée avec les bons messages peut également être un succès, en témoigne Lise Jacob, directrice de la communication d’Interfel, évoquant les retombées positives de la campagne de communication « Jamais trop », tant auprès de la cible consommateurs (les 25-34 ans) que des professionnels dans les territoires qui la plébiscitent et se l’approprient totalement. « Pour 2023, la communication se structure, avec de nouvelles actions prévues sur le terrain avec les délégués régionaux », précise-t-elle. A noter qu’en filière bio, une nouvelle communication stimulant la demande est déployée conjointement avec le Cniel (filière lait), face au décrochage « très fort » du marché (- 10 % pour la deuxième année consécutive). Soutenir la demande est un des quatre axes du plan de souveraineté de la filière fruits et légumes. D’autres chantiers sont en cours et seront développés au fil des mois dans les colonnes du magazine végétable.