RDV de l’Arbo : de nombreuses opportunités à saisir

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    L’événement annuel dédié à la filière fruits à noyau a rassemblé 270 personnes autour de réflexions de fond sur la consommation et les modèles en production.

    Assurément, le programme de  RDV de l’Arbo, organisés par Fruits Plus le 13 décembre, a mobilisé en masse, malgré une chute de neige ayant engendré quelques retards et perturbations. Comment continuer à valoriser ses fruits dans un contexte inflationniste, où la réaction des consommateurs est la grande inconnue pour 2023 ? Et comment relancer la production d’abricot, à quelles conditions, quels sont les bons modèles ? La filière a perdu 1 000 ha en quatre ans, alors que le contexte est favorable. Tels étaient les grands sujets en débat. « Demain, l’enjeu premier, ce ne sera pas de vendre, mais de produire ! » souligne Muriel Millan, responsable technique de l’AOP Pêches et abricots de France, pointant deux scénarios d’évolution du verger d’abricotiers en France, et particulièrement pour Rhône-Alpes où il est plus vieillissant et déclinant. Le scénario « continuité », c’est-à-dire actuel, fait état d’un manque d’offre à très court terme, ne pouvant plus satisfaire la demande avec un risque de spirale négative : déclin des ménages acheteurs, hausse des importations. Le scénario « optimiste » avec renouvellement accéléré et replantation progressive jusqu’à 150 ha montre qu’il sera également difficile de redresser la situation avec des niveaux d’offre satisfaisants à court terme. « Il est urgent d’en prendre conscience et que les producteurs se remettent dans une dynamique d’investissement. En comptant le nombre de producteurs dans cette salle, il n’y a rien d’impossible : si chacun replante un hectare, on atteint déjà l’objectif ! Le marché lui n’attendra pas », invite Régis Aubenas, arboriculteur et président de Fruits Plus.

    © DR

    Car il y a effectivement un faisceau d’opportunités de valorisation pour les fruits à noyau. En ce sens, la matinée a vu se succéder des présentations très étayées et dynamiques autour de la consommation, par le Catherine Baros (CTIFL), Cécilia Céleyrette (Interfel) et Delphine Tailliez-Lefebvre (Aprifel). La tendance de fond à la végétalisation des assiettes est une opportunité à saisir dès maintenant pour replacer les fruits à leur juste place dans les assiettes. Certes, les comportements varient au gré des crises depuis 2020, avec des tendances émergentes : manger moins mais mieux, diminuer le gâchis et le gaspillage, changer les moments et lieux de consommation, disposer de moins d’argent en fin de mois, ressentir une éco-anxiété… Mais, bonne nouvelle, les fruits et légumes sont bénéfiques, y compris sur la santé mentale, d’après les scientifiques, avec une panoplie d’études et de données aujourd’hui très fournie. Tout l’enjeu est donc d’arriver à lever les freins la consommation de fruits et légumes, en adoptant les messages adaptés, notamment auprès des plus jeunes, chroniquement sous-consommateurs. Là encore, les apports des sciences cognitives nous viennent en aide : moins d’injonctions (« mangez 5 fruits et légumes par jour ! »), plus de prévention et d’accompagnement, plus de messages simples et évidents (par exemple, le goût et la saveur restent les premiers vecteurs d’achat et de rassurance, ne l’oublions pas !). En ce sens, le Label rouge est un segment intéressant pour les producteurs, tels qu’en ont témoigné Nathalie Bonnet, dirigeante du Domaine des Coteaux, et Anne-Lise Chaussabel, de la Chambre d’agriculture de la Drôme. Le témoin de cette journée, Christophe Audouin, ancien cadre dirigeant chez Danone, qui a réussi à hisser la marque Les Deux Vaches dans le top de sa catégorie en quinze ans seulement, a invité à se poser la question : « peut-on faire du bon sans faire du bien ? » Il a ainsi délivré certains messages : la promesse doit être forte (des fruits qui ont du goût, des variétés sélectionnées, etc.), tout autant que les impacts sur la planète, et l’arboriculture y contribue positivement. « Tout doit partir des filières. C’est à votre filière de se prendre en main, c’est elle qui drive la demande et non l’inverse », plaide-t-il à l’aune de son expérience. Les RDV de l’Arbo, c’est aussi la part belle à des présentations plus techniques, très détaillées elles aussi cette année. Attentes fortes mais pas toujours de solutions immédiates pour les ravageurs et maladies (forficules, ECA, bactériose, monilia)… L’observation et la prophylaxie ont de l’avenir devant elles. Quant aux modèles de conduite du verger, la tendance à la densification se confirme et donne des résultats.

    © végétable