Produits phytosanitaires : un marché sous tension

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    Compétitivité, innovation, cadre réglementaire… Phyteis a posé les termes du débat sur la protection des cultures, au cœur de la souveraineté alimentaire française.

    © Phyteis

    Lors de sa conférence de presse annuelle, l’organisation professionnelle Phyteis, qui fédère 18 entreprises du secteur de la protection des plantes, a insisté sur la nécessité d’un cadre réglementaire cohérent et favorable à l’innovation. Dans un contexte où la balance commerciale des produits agricoles bruts accuse un déficit de 300 millions d’euros en 2025, Yves Picquet, président de Phyteis rappelle que « pour restaurer la compétitivité de la ferme France, il est absolument indispensable que la réglementation et la législation françaises soient alignées et en phase avec le niveau européen ».

    Une rupture du marché confirmée en 2025

    Les chiffres consolidés des adhérents de Phyteis confirment une baisse structurelle des volumes de produits phytosanitaires vendus à la distribution, observée depuis plus de vingt ans. Depuis 2008, les volumes de substances actives conventionnelles vendus reculent de 44 %. En 2025, les adhérents de Phyteis ont généré 2,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires, avec 50 054 tonnes de substances actives vendues aux distributeurs.

    Pour la première fois, les volumes de produits conventionnels et ceux utilisables en agriculture biologique évoluent différemment : les premiers baissent de 5 %, tandis que les seconds progressent de 23 %, représentant désormais un tiers des ventes totales. Parallèlement, les outils numériques se déploient rapidement. Près de 15 % de la surface agricole utile hors prairies est désormais couverte par au moins un outil d’agronomie digitale, reflétant une transformation croissante des pratiques agricoles.

    Entre retrait de substances et quête d’innovation

    L’accès à l’utilisation de produits phytosanitaires demeure cependant un défi. Depuis six ans, aucune nouvelle substance active conventionnelle n’a été autorisée au niveau européen et plus de 80 substances ont été retirées, y compris en biocontrôle. Dans le même temps, un agriculteur sur trois déclare des difficultés à obtenir des produits standards.

    Malgré ces contraintes, les entreprises de Phyteis continuent d’investir dans l’innovation : près de 5 000 essais agronomiques ont été menés en 2025, dont 2 % dédiés à des approches combinatoires. Au niveau européen, le paquet Omnibus « Food & Feed » pourrait simplifier l’accès aux autorisations, tandis qu’en France, des initiatives législatives tentent de lever les obstacles à la compétitivité, notamment la fluidification des AMM et la révision de la séparation vente-conseil.

    Selon Phyteis, ces mesures sont indispensables pour garantir aux agriculteurs français un accès équitable aux solutions phytosanitaires et biocontrôle. En résumé, l’organisation plaide pour un dialogue renforcé avec l’État, afin d’aligner ambitions, moyens et calendrier décisionnel. L’objectif reste de soutenir l’innovation, sécuriser les approvisionnements et préserver la compétitivité des filières agricoles françaises.