Productivité des vergers : Blue Whale prépare l’avenir

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    Renouvellement des vergers, innovations technique et technologique : Blue Whale mobilise producteurs et experts pour identifier les modèles gagnants de productivité.

    Blue Whale
    © végétable

    Tout juste deux semaines après le Sival, à Angers, Blue Whale a organisé ses rencontres hivernales à Montauban le 29 janvier dernier, dans une salle rooftop surplombant la ville Bourbon. 195 inscrits allant du producteur au distributeur pour échanger sur le thème de « la productivité : quels modèles gagnants ? ». Bruno Betheloz, directeur de Blue Whale, a introduit la matinée en rappelant qu’une diminution de 20 % des rendements avait été constatée dans les vergers des producteurs Blue Whale.

    Mais la dynamique de la baleine bleue ne flanche pas pour autant, puisqu’elle a accompagné, ces sept dernières années, l’augmentation de 950 ha en maximisant la plantation de Pink Lady et de Kiwi Gold. « Nous avons l’énergie de notre utopie, nous devons rester ou redevenir compétitifs », a affirmé le directeur. Pour y arriver, l’objectif clairement affiché de Blue Whale est donc bien la productivité : « Si nous produisons davantage, l’économie de notre filière sera meilleure, en évitant les importations et en saturant le marché français », a renchéri Christophe Belloc, président de Blue Whale.

    Investir, rénover, innover : la reconquête du verger selon Blue Whale

    Dans ce contexte, Blue Whale se mobilise pour restaurer durablement la productivité de ses vergers. À court terme, l’enjeu est de consolider les projets existants. Cela passe par la plantation de nouvelles variétés et surtout par la montée en compétence sur leur conduite culturale. La rénovation des vergers constitue également un axe central, alors que le taux de renouvellement historiquement situé entre 7 et 8 % est tombé à 2-3 % ces quatre dernières années.

    Pour Laurent Maldès, directeur technique et relations producteurs Blue Whale, l’objectif est de repasser au-dessus de 5 %, voire d’atteindre à nouveau 7 %. Un effort conséquent pour les producteurs, « estimé à 30 millions d’euros d’investissements annuels pour 400 ha ». La densification des vergers, avec la réduction des distances de plantation, l’utilisation du double axe et de porte-greffes plus vigoureux, s’inscrit aussi dans cette logique, tout comme la réussite de la gamme Samboa, pensée à l’échelle internationale, avec 70 ha de surgreffage réalisés dès cette année.

    À plus long terme, le groupe mise sur la combinaison d’innovations : génétique, biocontrôle – projet (Re)génération Fruit –, protection physique des vergers, agriculture de précision. Plusieurs intervenants ont toutefois souligné que si le biocontrôle a désormais toute sa place dans les itinéraires techniques, la protection des vergers repose encore largement sur les produits phytosanitaires.

    Blue Whale investit dans des projets de recherche et des solutions novatrices, comme le projet Prophy mené avec Michelin, visant à développer une solution de filets et bâches antipluie mobiles et pilotables. Un travail collectif, porté par l’équipe technique de Blue Whale aux côtés des techniciens des coopératives partenaires, avec une ligne directrice assumée : « la productivité, au service du marché de demain ».

    Des solutions confrontées aux contraintes économiques et réglementaires

    Les regards croisés en fin de matinée ont mis en évidence une conviction partagée : l’innovation ne peut être dissociée des réalités du terrain ni des contraintes économiques et réglementaires. Côté producteurs, Matthieu Rivière, producteur Blue Whale, coopérative La Martinoise, a rappelé que la robotisation n’a de sens qu’à condition de maîtriser finement ses coûts de production et d’adapter les vergers, pensés pour durer vingt ans, dans un contexte où les besoins techniques restent évolutifs.

    Pour François Laurens, expert génétique chez INRAE, « la génétique s’inscrit, elle, dans un temps long et ne saurait être présentée comme une solution rapide » : si les nouveaux outils de sélection ouvrent des perspectives, ils supposent des verrous scientifiques, financiers et réglementaires majeurs. Clémence Medina, project manager chez Micropep Technologies, a illustré ces enjeux à travers le développement des peptides, solutions innovantes mais appelées à s’intégrer à des systèmes de production conventionnels, dans un contexte de retrait des molécules.

    Un constat largement partagé et rappelé par Bertrand Bourgoin, ex-expert national arboriculture DGAL/SDQPV, « le biocontrôle est devenu incontournable, mais reste un maillon complémentaire d’une protection phytosanitaire fragilisée, appelant à une reconception globale des vergers pour maintenir la productivité ».

    Avec l’ambition d’inscrire ces rencontres au-delà de la sphère Blue Whale, l’édition 2027 se tiendra en Val de Loire, au moment du Sival, pour ouvrir plus largement le débat sur l’avenir productif et innovant de la filière.