Révision du cahier des charges, traçabilité renforcée et actions commerciales : l’AOP Muscat du Ventoux se projette vers 2026.

Lors du rendez-vous technique annuel « cerise et raisin », organisé par Fruiventoux à Mazan (84), l’ODG (organisme de défense et de gestion) a présenté des évolutions du cahier des charges de l’AOC Muscat du Ventoux et des actions auprès de la grande distribution pour la campagne 2026. En 2025, il a reçu un courrier de l’Inao annonçant que l’identification parcellaire deviendrait payante, à hauteur de 50 € par dossier puis 100 €/ha.
Une décision contestée par l’ODG, qui a sollicité la suppression de cette procédure, entraînant de fait une modification du CDC (cahier des charges). L’Inao validé cette demande, avec une dérogation de deux ans dans l’attente de la mise à jour officielle du CDC, assortie toutefois de deux réserves : la nécessité d’inscrire précisément la limite de l’aire de production dans le CDC, jusqu’ici mentionnée uniquement dans le rapport des experts de 1996, et la vérification des autorisations de plantation.
Plusieurs ajustements proposés
L’aire de production de l’AOP Muscat du Ventoux couvre aujourd’hui 56 communes du Vaucluse. L’ODG a par ailleurs profité de cette révision pour proposer plusieurs ajustements. Parmi eux, une demande d’extension de l’aire géographique à la commune de Sarrians, qui dispose de structures offrant d’importantes capacités de stockage en longue conservation. Autre évolution majeure : l’intégration du conditionnement (en vrac comme en barquette) au CDC en tant qu’étape de production.
Cette formalisation implique la mise en place d’un registre de barquettes doté d’un numéro unique de traçabilité. Une pratique déjà connue des stations de conditionnement, mais désormais inscrite noir sur blanc dans le CDC. Dans le même esprit, l’ODG souhaite faire reconnaître officiellement les conditionneurs (metteurs en marché et stations) comme parties prenantes de l’AOP, leur conférant ainsi la légitimité pour réaliser l’autocontrôle des lots entrants sous appellation.
Enfin, la méthode de production évoluerait avec l’ajout d’un nouveau mode de palissage (le Gable, en complément de la Lyre), avec un rendement plafond fixé à 13 t/ha.
De nombreuses erreurs en rayon
Au-delà des aspects réglementaires, Fruiventoux a également présenté les actions envisagées pour la campagne de commercialisation 2026. Une opération photo menée en septembre 2025 a mis en évidence de nombreuses erreurs en rayon, nuisant à la lisibilité et à la valorisation de l’AOP Muscat du Ventoux.
Face à ces constats, l’ODG demande notamment, auprès de l’Inao, l’interdiction du dépotage en rayon, jugé préjudiciable tant à la qualité qu’à la traçabilité des produits. Elle souhaite ainsi inscrire clairement que « la commercialisation aux consommateurs doit obligatoirement se faire dans l’emballage d’origine », selon Julie Dherbecourt, gestionnaire de Fruiventoux.
En parallèle, les producteurs et metteurs en marché, réunis au sein de la FNRPT (Fédération nationale des producteurs de raisin de table), ont travaillé sur une proposition de calendrier de mise en avant des raisins de table français en grande distribution, en fonction des variétés. René Reynard, président de la FNRPT, a indiqué que seul le groupe Intermarché s’était, à ce stade, engagé par écrit. Cette démarche intervient dans un contexte tendu : la production française ne couvre que 20 % de la consommation nationale de raisin de table.
Selon René Reynard, « l’essor du raisin sans pépin a largement ouvert le marché à des origines non européennes, accentuant la concurrence pour les productions françaises sous AOP ». Le président de la FNRPT a également pointé les effets négatifs de la loi Agec sur les ventes en barquettes plastiques, évoquant « une perte commerciale de 250 tonnes entre 2023 et 2025 ».
Pour l’ODG comme pour la filière, l’enjeu est désormais clair : sécuriser la conformité en rayon et renforcer les partenariats avec la distribution afin de préserver la valeur et la visibilité du Muscat du Ventoux.










