Pomme de terre : se préparer plutôt que subir 

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    L’interprofession de la pomme de terre fraîche a pris de la hauteur et s’est posé une question essentielle, lors de son assemblée générale : où va la filière ? 

    rayon pommes de terre
    © végétable

    Le CNIPT, a fait le choix de la projection plutôt que du simple constat, sans s’attarder sur les difficultés conjoncturelles, lors de son assemblée générale le 14 janvier à Paris. La première table ronde, consacrée aux perspectives et à la réalité du marché du frais, a mis en lumière des déséquilibres persistants.

    Surproduction, promotions à répétition et érosion de la valeur fragilisent l’ensemble de la chaîne. « Nous devons produire uniquement ce dont le marché a réellement besoin », a affirmé Maxime Dessein, conditionneur pour les Établissements Dissaux. Luc Chatelain, producteur, a insisté sur la nécessité d’adapter les surfaces et rappelé que « les difficultés actuelles relèvent de la responsabilité de l’ensemble des maillons de la filière ».

    Côté distribution, Benoît Serrié, responsable des achats fruits et légumes frais chez Carrefour, a dressé un constat sans détour : des prix d’achat en baisse de 20 % en un an et des promotions qui, bien qu’intrinsèques à la distribution, « n’augmentent pas significativement la consommation de pommes de terre, aliment de base ».

    Pour redonner de la lisibilité au consommateur, il a suggéré un code couleur unique par usage. Un avis partagé par une partie de la salle : selon le sondage interactif, 33 % des participants estiment que la segmentation et la pédagogie en rayon constituent un levier clé, tandis que 54 % placent en priorité le pilotage des volumes et leur contractualisation.

    Un outil stratégique

    La seconde table ronde a ouvert le champ des possibles à plus long terme. Appuyée sur une étude prospective menée par France Agrimer pour les interprofessions CNIPT, GIPT et Semae, elle a présenté quatre scénarios à l’horizon 2040-2045 : innovation variétale pour une filière amont dynamique, filière pomme de terre en décroissance contrainte, impasse technique et climatique pour une filière en repli, et sobriété réussie pour la production et demande au rendez-vous.

    « Ce travail ne vise pas à prédire l’avenir, mais à nous aider à mieux le préciser », a souligné Joanny Dussurgey, président du CNIPT. Pour lui, la prospective est avant tout un outil stratégique : « Explorer différents futurs possibles permet d’anticiper les risques, mais aussi les opportunités. C’est une manière de se préparer plutôt que subir, de choisir plutôt que réagir »

    Les participants de cette table ronde, Éléonore Albaud (SARL Lescieux), Alain Dekequer (producteur) et Christophe Gauchet (HZPC) ont insisté sur la nécessité d’une vision collective, d’une volonté partagée et d’actions concertées. Le vote final de l’auditoire reflète cette aspiration, avec une préférence marquée pour le scénario 4 de sobriété réussie (49 %) et le scénario 1 d’innovation variétale (46 %). Florence Rossillion, directrice du CNIPT, a rappelé l’interdépendance des acteurs : « Dès qu’un maillon s’affaiblit, qu’il s’agisse de la recherche variétale, de la production, du négoce ou de la commercialisation, un déséquilibre se crée. Ce n’est souhaitable ni pour la filière, ni pour le consommateur. »

    Cette assemblée générale a aussi été marquée par la fin du mandat de Joanny Dussurgey (collège négociant, Fédépom) à la présidence du CNIPT. Pour lui, « le collectif est la capacité à continuer à se parler, même quand c’est difficile. À se respecter, même quand on n’est pas d’accord. À avancer, même quand le chemin n’est pas parfaitement tracé ». Il passe alors le relais à Luc Chatelain (collège producteur, UNPT). Ce dernier sera entouré de Joanny Dussurgey, qui reste membre du bureau en tant que vice-président, de Jessica Tessier (Felcoop), réélue trésorière, et de David Deprez (UNPT), qui fait son entrée en tant que secrétaire.