Le commerce de gros F&L au cœur de la crise

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Grossistes à service complet à 20 % de leur activité, chute drastique des ventes ce jeudi 19 mars sur les marchés : le commerce de gros doit pourtant faire valoir son rôle majeur dans l’approvisionnement alimentaire des populations en période de crise. Nous faisons le point avec Christian Berthe, dirigeant d’une entreprise de commerce de gros sur Lyon Corbas, président de ce même marché ainsi que de l’UNCGFL.

Quels constats faites-vous ce jeudi matin ?

Le premier constat qui me vient à l’esprit, c’est qu’aujourd’hui, pour la première fois depuis le début de la crise, l’activité a nettement chuté : volumes vendus et chiffre d’affaires ont baissé de 30 % par rapport à la même journée de 2019, alors que le prix moyen de vente n’a évolué qu’à la marge, de 0,5 %, et mon analyse porte sur une gamme assez large de produits. On commence à ressentir une tension chez des clients qui jusqu’ici n’avaient pas compris la gravité des circonstances actuelles.

Où en sont vos différents profils de clients ?

Les détaillants sédentaires sont dans une situation assez stable, sous réserve d’adoption des précautions sanitaires préconisées par les autorités. Le problème se pose surtout au niveau des marchés forains dont un nombre croissant est annulé par des maires peu courageux qui n’osent pas convoquer les commerçants pour leur demander de mettre en place les règles préconisées par les autorités, sachant que les marchés ont vocation à rester ouverts suite aux décrets parus ces derniers jours en ce sens. Mais l’application de ces décrets est à vérifier région par région, ville par ville et nos organisations (UNCGFL, Interfel, CGI) doivent de plus en plus monter au créneau pour défendre leur application. Car il nous semble évident que fermer les marchés porterait aux populations un message particulièrement anxiogène.

Comment appréhendez-vous le rôle des différents circuits dans le contexte actuel ?

En Italie, l’activité des marchés est descendue de 50 %. Nous sommes à – 30 % aujourd’hui : les choses auront encore bougé en milieu de semaine prochaine ! La situation est très difficile pour les grossistes à service complet dont l’activité s’est globalement contractée de 80 % : ceux qui ne servent pas les hôpitaux, les armées ou les prisons voient leur activité presque réduite à néant. Face à la difficulté de réguler l’accès des populations aux marchés, les pouvoirs publics semblent se reposer sur la grande distribution pour assurer le ravitaillement des populations. Du coup, face à la montée de ses volumes, celle-ci tend à réduire la segmentation de son offre et se concentrer sur les 20 % qui font 80 % du chiffre.

Comment évolue le sourcing ?

Jusqu’ici, nous n’avons connu aucune difficulté d’approvisionnement de quelque origine que ce soit et les prix n’ont pas particulièrement évolué. Mais nous allons devoir mécaniquement réduire nos entrées à la mesure du rythme de nos sorties. Et si la demande baisse, si la production manque de bras pour récolter, on s’expose plutôt à un risque de déflation.

Et demain ?

Nous sommes exposés à un vrai risque de manque de main d’œuvre : à partir du moment où on propose aux gens 80 % de leur salaire pour rester chez eux, la tentation d’exercer son droit de retrait est forte ! De là à devoir bientôt réquisitionner, il n’y a qu’un pas qui pourrait être socialement conflictuel… Mais nous faisons à nombre d’inconnues et nous gérons à vue, autant que faire se peut et nous interdisant de succomber à la sinistrose.

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