La sélection variétale en pomme se précise

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    Experts européens, scientifiques, techniciens et producteurs de pommes se sont retrouvés le 16 juin dernier lors d’un programme de conférences techniques organisé par Novadi concernant la culture, la conduite et la conservation de nouvelles variétés.

    Participer à la journée d’échanges et de partage d’informations techniques organisée par le CEP Innovation-Novadi permet d’entrevoir la vitalité et l’étendue du programme de création variétale conjoint Inrae-Novadi, notamment les dernières innovations en matière de sélection. « Novadi est une aventure humaine depuis vingt-cinq ans. Il y a toujours ce même engagement sans faille de tous les pépiniéristes », souligne alors Bruno Essner, directeur général délégué chez Dalival, l’un des seize associés-pépiniéristes de la structure Novadi créée depuis 1995. Co-obtentrice des créations variétales avec l’Inrae, elle est aussi l’éditrice mondiale de ces variétés de pommiers résistantes à la tavelure et autres bioagresseurs. Tout l’enjeu à l’avenir est de pouvoir proposer des variétés multirésistantes « pour améliorer la durabilité et la rentabilité des vergers », pointe David Ray, directeur de Novadi. « Vous avez adopté nos variétés, nous souhaitons que cela continue longtemps », s’exclame Olivier Grard (groupe Gradilis) à l’attention de la centaine de participants, en premier lieu les producteurs. « Nous essayons de dialoguer de façon importante. Notre travail se poursuit pour créer des variétés dans un contexte de plus en plus difficile », abonde Jean Champeix, directeur d’exploitation du Domaine de Castang.

    © végétable

    Du travail de pré-obtention (« pré-breeding » dans le jargon), en passant par la sélection à proprement parlé, l’expérimentation, puis la production de variétés de pommes à grande échelle, chacun peut apprécier les contraintes liées à la sélection des arbres fruitiers et le temps nécessaire (dix à quinze ans), telles que les présentations de chacun le traduisent. Les facteurs influençant la qualité des fruits sont de plus en plus complexes. D’où l’intérêt de travailler en commun et dans une dimension internationale, selon François Laurens, ingénieur de recherche hors classe à l’Inrae.

    Ces efforts permettent de continuer à proposer des variétés prometteuses. Plus que des variétés, des modèles associés : autour de marques accessibles à tous les producteurs et metteurs en marché, dans le respect d’un cahier des charges qualité défini. La précoce Galy®Inobicov (10 jours après Gala), la jaune Lory®Inogocov et la bicolore rouge-rosé Mandy®Inolovcov (maturités entre Golden et Braeburn), finissent leur phase d’expérimentation et commencent à être plantées depuis un à deux ans. Toutes trois présentent les avantages attendus par le marché : productivité, peu ou pas d’alternance, résistances, fermeté à la récolte, qualités gustatives et potentiel de conservation.

    En fin de matinée, la salle reste attentive au cas de la pomme Story®Inoredcov (maturité : 25 jours après Golden), variété très attractive, sucrée, productive, à conservation longue, adaptée à la culture en AB et aux régions méridionales. En pleine croissance des plantations depuis dix ans, cinq metteurs en marché* évoquent leurs différentes stratégies de commercialisation, leurs craintes et leurs difficultés, les conditions pour continuer à créer de la valeur demain. Quelles que soient les stratégies de chacun (avec ou sans marque spécifique, bio ou conventionnel…), plusieurs points de convergence apparaissent : variété pouvant atteindre la perfection à condition d’en maîtriser tous les paramètres techniques et de conservation, nécessité de se différencier du « tout venant » par cette maîtrise. Cette variété étant libre et de plus en plus plantée dans les pays tiers, une réflexion est en suspens sur la possibilité, à l’avenir, de s’aligner sur une vision entre partenaires filière (pépiniéristes, producteurs et metteurs en marché) pour définir ses conditions de développement. « Si les pépiniéristes continuent à vendre des plants partout dans le monde, cela risque de tuer la variété », a averti l’un d’entre eux.

    * Maroc : O’Terroir ; Italie : Bio fruit Service ; France : Mesfruits, Cofruid’Oc, Pominter (groupe Innatis).

    Les 16 pépiniéristes associés dans Novadi se sont exprimés sur la nécessité, à leurs yeux, de poursuivre un travail de sélection variétale en commun. « C’est avant tout une aventure humaine », a souligné Bruno Essner (Dalival).