La mâche dans le dur

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    La mâche vit une crise jamais vue depuis près de dix ans. Surproduction et marchés fermés perturbent l’écoulement des produits.

    Interfel, fin novembre, appelait à soutenir la mâche, ainsi que les jeunes pousses de salades, et dynamiser les ventes. Ce mois de novembre 2020 a été particulièrement compliqué en raison de l’automne doux et lumineux qui a raccourci les cycles de production, mettant précocement sur le marché des volumes prévus de sortir en fin d’année. Les températures ayant aussi été clémentes ailleurs en Europe, la culture de mâche s’est poursuivie dans des pays qui stoppent habituellement leur production en octobre et basculent à l’importation en novembre. C’est le cas, en particulier, de l’Allemagne, premier client des Français. Pour couronner le tout, le déclenchement du confinement numéro deux depuis la fin octobre en France a de nouveau fermé le débouché de la restauration commerciale, essentiel pour la mâche.

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    Dans la région nantaise, premier producteur de mâche en France, et de loin, les organisations de producteurs font le dos rond en attendant le retournement de la situation. « La période est compliquée », concède Nadia Souchu, directrice commerciale de Nantial, société commune à Nanteurop et Agrial, qui produit 15 000 tonnes de mâche par an avec treize producteurs. « Nous avons environ 20 % de volume en plus par rapport à un mois de novembre normal. » La situation est identique dans les coopératives voisines, celles du Val Nantais (8 000 tonnes de mâche par an) comme Océane (5 000 tonnes), qui a récolté ce mois-ci 200 tonnes par semaine contre 100 à 120 tonnes en novembre 2019.

    Plus de production et moins de ventes, en restauration commerciale et à l’export, c’est l’effet ciseau et l’obligation, pour les producteurs, de détruire la mâche au champ. Chez Océane, la destruction a représenté en novembre « 100 tonnes par semaine », selon Michel Chiavassa, directeur, soit la moitié de la production hebdomadaire de la coopérative. Une situation identique ailleurs dans le bassin nantais. Comment réagir ? Inciter les GMS à dynamiser « les ventes (de mâche et de jeunes pousses) en les proposant de manière attractive aux consommateurs (bi-pack ou lot de deux), comme l’a demandé Interfel fin novembre ? Clairement, des enseignes de la grande distribution jouent le jeu. « Mais c’est le consommateur qui décide », souligne Nadia Souchu. Au Val Nantais, le service commercial a observé une baisse « de 10 à 15 % de la fréquence d’achats des sachets quatrième gamme de mâche en novembre », sans doute par la moindre fréquentation des points de vente par les consommateurs.

    À court terme, les organisations de producteurs ne peuvent qu’attendre le retour à un marché normal. À moyen ou long terme, les opérateurs réfléchissent à dynamiser leur offre par la segmentation. Le Val Nantais devrait sortir, en janvier, une référence nouvelle de mâche, d’après son directeur Damien Gros, sans savoir encore si c’est une innovation produit ou un nouveau conditionnement. Et Océane se réjouit que « la mâche-bouquet tire le marché vers le haut », selon Michel Chiavassa. Les producteurs se prétendent habitués à ces accidents de marché. Mais celui-ci, rappelant la grande crise de 2010-2011 se montre rude, sans conteste.