La diplomatie de la pomme et de la poire

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    « L’union fait la force. » C’est l’adage qui résonnait comme un métronome, au gré des interventions du congrès annuel Prognosfruit, le 7 août dernier à Angers.

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    Face aux défis multiples de la profession et au contexte d’incertitudes géopolitiques et règlementaires, la récolte de chiffres et de perspectives de Prognosfruit, forum d’échanges autour des pommes et des poires, est attendue chaque année. Dense mais calibré, le programme a rempli sa fonction de partage des prévisions et de développements spécifiques sur les deux thématiques choisies cette année : la transformation et la durabilité.

    Réunissant 230 professionnels et 23 nationalités, cette boussole européenne existe depuis 1976. Philippe Binard, secrétaire général de la Wapa (association mondiale de la pomme et de la poire), précise que les chiffres sont issus des adhérents de chaque pays, qui correspondent à environ 90 % de la production européenne. La fiabilité de ce travail collaboratif semble excellente : 1,6 % d’écart seulement a été observé sur les prévisions de la campagne passée. En février prochain, un Prognosfruit hémisphère sud est prévu à Berlin.

    Prognosfruit permet de préparer activement les campagnes commerciales en pointant les opportunités à venir et en travaillant son positionnement. Au-delà des chiffres, le congrès se veut créateur de liens entre des pays qui, malgré leurs différences, rencontrent les mêmes enjeux de volatilité des marchés, de durabilité, et doivent composer leur partition ensemble pour rester enclenchés sur une saine compétitivité créatrice de valeur et une résilience forte. Le député-arboriculteur Éric Martineau a d’ailleurs rappelé cette importance : « Du commerce mondial dépend aussi la paix entre les peuples ».

    Un millésime 2025 équilibré

    Les récoltes s’annoncent donc stables. La pomme se projette sur une production de 10,455 Mt, soit une diminution de 7,5 %, comparée à la moyenne des trois dernières années, et une stabilité quasi parfaite avec 2024 (-0,1 %). La poire annonce 1,787 Mt soit une réduction de 2,5 % sur la dernière moyenne triennale (+1,4 % comparé à 2024). Ces chiffres, en deçà du potentiel des vergers européens, sont la conséquence des perturbations climatiques et sanitaires, mais aussi des transitions vers des variétés plus gustatives mais moins productives et des conversions en agriculture biologique. Le niveau de production annoncé est jugé bien équilibré pour les marchés. Il correspond à la demande. Depuis trois années, il ne reste presque pas de stocks en fin de campagne. En Europe, 42 % des pommes sont vendues dans leur propre pays, 17 % partent dans l’UE, 33 % sont transformées et 8 % sont exportées.

    Les perspectives sont donc plutôt favorables, avec des opportunités soulignées pour l’Europe. En pomme, les USA, l’Inde et le Royaume-Uni prévoient de légères hausses. La Chine, la Turquie, la Serbie, la Moldavie, l’Ukraine et la Suisse envisagent des baisses. Ces bascules, associées aux taxes et tarifications en cours, pourraient redistribuer les cartes à l’export et notamment ouvrir de nouveaux marchés vers l’Est, notamment l’Inde.

    Luc Vanoirbeek, président du groupe fruits et légumes au Copa-Cogeca, a souligné les défis de la filière. Posant la rentabilité des entreprises au cœur du process et engageant sa filière à rester combative face aux incertitudes actuelles, il a pointé les opportunités de répondre aux grands enjeux de nos sociétés. « Il n’y aura pas d’alimentation sans agriculture. Les décideurs politiques doivent reconnaître que les fruits et légumes, y compris les pommes et les poires, sont au cœur de leur ambition d’atteindre la sécurité alimentaire, d’améliorer la souveraineté alimentaire, de répondre aux enjeux de durabilité et de climat, d’améliorer les moyens de subsistance en milieu rural et de fournir une valeur nutritionnelle optimale avec un impact environnemental minimal ».

    Le prochain Prognosfruit aura lieu des 5 au 7 août 2026 en Allemagne et fêtera ses 50 ans.

    Luc Vanoirbeek © végétable