Fruits à noyau : l’exigence collective comme moteur

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    L’édition 2025 des Rendez-vous de l’Arbo a une fois encore favorisé les échanges entre les producteurs, avec des témoignages de jeunes actifs, les distributeurs et différents prestataires ou acteurs de la filière. L’idée étant de se mobiliser pour structurer l’offre des fruits à noyau, renforcer la qualité et améliorer l’exécution en magasin pour dynamiser la consommation. La journée a aussi mis en lumière l’innovation et les outils techniques au verger, de la robotique à l’analyse des données, pour piloter production et récolte.

    RDV de l'Arbo
    © végétable

    « Nous sommes face à trois enjeux principaux dans notre filière fruits d’été : continuer de produire en quantité et en qualité (ce qui ne va plus de soi aujourd’hui), générer de la valeur avec des prix de revient qui augmentent, conserver nos outils d’expérimentation de proximité au service de l’exploitation », a introduit Régis Aubenas, président de l’association Fruits Plus, organisatrice des Rendez-vous de l’Arbo, le 9 décembre dernier à Valence (26).

    Pour introduire la journée, un point a été effectué sur la campagne 2024 globalement positive, mais marquée par de fortes disparités régionales et variétales. Si le marché a bien répondu en début de saison, la dynamique s’est essoufflée à partir de juillet avec une météo défavorable, puis une absence de rebond de consommation lors du retour des fortes chaleurs. Le segment pêche-nectarine, qui « représente près de 20 % du rayon », selon Marc-Henri Blarel, consultant chez Fruits de Valeur, illustre cette saison « coupée en deux » : volumes importants en seconde partie de campagne, pression concurrentielle accrue et difficultés de main-d’œuvre…

    L’abricot a, une fois encore, été au cœur des échanges. Produit sensible aux pics d’apports, il génère des résultats très hétérogènes selon les régions. Le prix psychologique autour de 2,49 € reste un repère fort, mais la gestion des volumes demeure un défi. Les débouchés export sont insufisamment exploités, car peu de structures de mise en marché ont développé une telle stratégie, ces dernières années. En parallèle, producteurs et distributeurs se félicitent de la « quinzaine de l’abricot » en 2025 (et pourquoi ne pas passer à trois semaines ?) dans l’objectif d’installer un rendez-vous récurrent créateur de valeur. L’enjeu principal est aussi la place du produit en magasin : une segmentation faible, un linéaire souvent limité à 4 % pour 10 % du chiffre d’affaires… Certains magasins pourraient monter à six ou sept références et aller chercher de la valeur.

    Sécuriser le verger

    Du côté des expéditeurs et producteurs, les retours convergent : une bonne qualité gustative, cette année, mais un démarrage parfois heurté. Les pics de mi à fin juin ont mis en difficulté certaines variétés moins performantes en début de campagne, perturbant l’intérêt en consommation. Les producteurs ont insisté sur la nécessité d’un meilleur travail commun sur la maturité et sur une présentation irréprochable en magasin. Et enfin, à la mise en marché, dix centimes supplémentaires au kilo peuvent sécuriser un verger sans grever la marge distributeur ! 

    Lors des interventions marketing et catégorielles, Catherine Barros, responsable des études consommateurs au CTIFL, a rappelé la fragilité de la consommation en frais, tout comme la démographie vieillissante, des ménages plus petits, une industrialisation alimentaire… Les volumes diminuent, malgré une stabilité des dépenses. La génération des 18-30 ans reste sous-consommatrice, freinée par le budget, le manque de repères et la gestion du temps. Pour Mathilde Lalanne, responsable société chez Promofel, « la marge de progression est réelle : mieux organiser l’espace de vente, renforcer les repères saisonniers, multiplier les services et accompagner les chefs de rayon. Les réorganisations testées atteignent des gains de 40 à 90 %. Mais toucher les milliers de magasins reste complexe. » 

    Plusieurs distributeurs, notamment Intermarché, présent en tribune – avec Nicolas Ventre, manager des ventes métier, Jean-Camille Laurent, directeur des achats de fruits et légumes, et Thierry Fournel, adhérent –, ont détaillé leurs actions : guides métiers simplifiés, travail sur la fraîcheur quotidienne, PLV origine France, montée en compétence sur la qualité variétale, tests gustatifs systématiques et contrats de progrès. L’objectif est clair. Il reste d’améliorer l’exécution, car c’est en magasin que se joue la création de valeur. L’essor du drive et la pression des plateformes de livraison reconfigurent également les attentes en matière de calibrage, présentation et portionnabilité.

    La montée en puissance des outils numériques

    La seconde partie de la journée, tournée vers l’innovation agricole, a souligné la montée en puissance des outils numériques : détection automatisée des maladies, analyse foliaire dynamique, robotique ou micro-injection. Si ces technologies ouvrent des perspectives, elles questionnent le rôle du conseil, l’investissement nécessaire et la place de l’expertise humaine agricole. Les freins restent importants, notamment sur la lisibilité, l’accompagnement et la pertinence des usages.

    En conclusion, la filière fruits à noyau poursuit sa structuration, par une meilleure lecture des consommateurs, une montée en compétence en magasin, un travail renforcé sur la qualité et l’expérience, des innovations en verger… Mais l’ensemble des intervenants assurent que la création de valeur passera par la cohérence collective et la capacité à mettre en marché des produits bons, visibles et compris par le consommateur. La prochaine saison 2026 commence déjà à se jouer.