De l’interdépendance dans une économie circulaire

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La déléguée générale de Carton Ondulé de France, Kareen Desbouis, complète notre regard sur l’importance de chaque maillon dans une filière et souligne combien cette crise en est un puissant révélateur.

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Comment fonctionnent vos organisations professionnelles dans le contexte actuel ?

Comme beaucoup, nous sommes très majoritairement en télétravail et nous communiquons régulièrement par visioconférence. A ma grande surprise, les réseaux internet tiennent, le dialogue peut se poursuivre au sein de nos instances, comme entre les différentes organisations professionnelles de l’emballage. Cela nous a notamment permis d’expliquer très vite au gouvernement que, si nous restions à l’arrêt, c’était la filière agroalimentaire qui se retrouverait à l’arrêt faute d’emballage. A ce stade, la prise de parole du Premier ministre pour reconnaître notre importance* a été un déclencheur majeur pour nos équipes dans le monde de l’emballage et notamment de l’ondulé. L’emballage n’est plus un déchet mais une solution, un outil essentiel dans l’acheminement de l’alimentation. C’est un renouvellement total et salutaire de la vision que la société nous porte. Cette vision résistera-t-elle après la crise ? Espérons-le !

Comment va la filière carton ondulé française ?

Par rapport aux autres pays européens, elle est pénalisée par les coûts sociaux ainsi que par la lente désindustrialisation de l’hexagone, mais elle est protégée par le fait que la masse volumique de l’ondulé ne lui permet pas de voyager très loin, sous peine de voir le coût du transport trop lourdement grever son prix. Le maillage des cartonneries françaises est assez stable, mais il ne fonctionne plus plein régime. Si nous avons de gros clients dans les univers de l’automobile ou de l’électronique, l’agroalimentaire représente plus de 50 % de notre activité et nous sommes préoccupés par les difficultés que ce secteur commence aussi à traverser depuis quelques années. Ce contexte a forcé la concentration des acteurs : j’ai 5 adhérents qui représentent 70 % de la production française de carton ondulé et ce sont des filiales de groupes internationaux, sachant que la France compte au total 12 groupes cartonniers. Pour notre production, nous utilisons pour plus de 80 % de papiers recyclés qui proviennent de France et d’Europe.

Comment se passe la dynamique qui pousse à développer des alternatives au plastique pour les unités de vente consommateurs ?

Naturellement, les conditionneurs se tournent vers nous, ce qui occasionne un travail considérable pour les entreprises. Celles-ci sont fortes d’un grand savoir-faire et d’une expertise pour tirer le meilleur parti de la malléabilité du carton ondulé. Le principe du secteur est d’élaborer un produit unique pour chaque client, selon la spécificité de son besoin et de sa chaîne d’approvisionnement, d’où des réponses judicieuses, adaptées à chaque demande, le challenge étant de proposer des substituts préservant la recyclabilité du matériau.

Comment les entreprises ont-elles géré la crise ?

Le premier défi, après la mise en place de procédures de protection de la santé des salariés, a été l’absentéisme induit par les gardes d’enfant ou la santé de certains collaborateurs. Côté clients, les univers de la santé, de l’hygiène, de la pharmacie, de l’e-commerce, de l’alimentaire ont vu leur demande croître subitement de 20 à 30 % en moyenne, alors que l’automobile et l’électronique ont cessé toute commande. Nous avons donc dû concilier cette demande intense avec un personnel en contraction de 10 à 20 %. Le facteur limitant n’était pas l’outil industriel, mais la présence des salariés dans les ateliers où le télétravail n’est pas adapté. Cette situation s’est maintenant stabilisée. Et nous sommes en capacité de répondre aux commandes erratiques de nos clients avec une forte adaptabilité. Après un temps de régulation, nous avons retrouvé un régime sous contrôle. Toute la filière emballage s’est adaptée. La vision positive de nos emballages dans les médias aujourd’hui a permis une prise de conscience de l’impact sociétal du travail de nos salariés et une reconnaissance de la société à leur égard, ce qui est positif.

Alors tout va bien ?

Nous avons deux sujets de préoccupation à court terme : nous devons parvenir à maintenir un niveau d’absentéisme gérable, grâce notamment à toutes les mesures de protection mises en place. Nous regardons par ailleurs de très près l’évolution de la filière recyclage des papiers cartons de la grande distribution, qui doit absolument continuer à fonctionner. Nous fonctionnons à plein dans l’économie circulaire et nous dépendons complètement du bon fonctionnement de l’ensemble du cycle. En temps normal, nous avons une semaine de papier en stock : ce délai s’est tendu ces dernières semaines. Cette crise souligne notre interdépendance. Nous dépendons aussi des fabricants de palettes, donc des scieries qui les approvisionnent. En fait, beaucoup de secteurs sont prioritaires. Il faut que tout le monde tienne ! Je crois que beaucoup en prennent conscience et assument cette responsabilité. Il est essentiel de reconnaître l’importance des personnes qui travaillent et qui l’assument dans les conditions actuelles.

* Voir ici l’intervention du Premier ministre, le 18 mars 2020.