Contaminants alimentaires : le vertige !

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    Avec le concours des scientifiques, nos yeux commencent à se dessiller sur la réalité des contaminants alimentaires et ce début de réalisme donne un peu froid dans le dos…

    La SFN (Société française de nutrition) a organisé, à l’Agro de Paris, un colloque sur le thème « Polluants et alimentation », le jeudi 26 septembre. Si l’objectif avoué par les organisateurs n’était surtout pas de plomber notre regard sur notre alimentation, la séquence d’interventions scientifiques solides qui s’est déroulée sur la journée n’en révèle pas moins que les écailles tombent, que les yeux s’ouvrent, que le discernement s’éveille sur des problématiques que nous n’avons pas su ou voulu voir depuis des décennies. Et que le constat global n’est pas très joyeux !

    Oui, l’ère industrielle depuis le XIXe siècle et l’évolution de notre alimentation depuis le milieu du XXe siècle ont profondément bousculé la donne et multiplié les sources de contaminations dans notre alimentation avec des conséquences potentiellement délétères sur notre santé. Il ne s’agit pas de faire le procès de cette histoire, mais déjà, dans un premier temps, de parvenir à l’évaluation la plus solide possible des risques induits. Or, avec des perturbateurs endocriniens comme le bisphénol A (ou ses succédanés qui ne valent guère mieux !) ou encore les effets cocktails entre molécules chimiques (et pas seulement de pesticides !), l’affirmation posée naguère par Paracelse : « C’est la dose qui fait le poison » est caduque. Les premières études sur les effets cocktails suggèrent davantage une aggravation de la toxicité des polluants que sa neutralisation. Par ailleurs, le métabolisme du vivant est ainsi fait que de faibles doses de toxiques non repérées par les organismes peuvent avoir des effets toxiques plus forts que des doses moyennes, car les faibles doses ne sont pas nécessairement décelées, par conséquent, l’organisme ne met pas en œuvre les mécanismes de protection/détoxification…

    © DR

    Nous avons été particulièrement interpelés par la problématique de la contamination des aliments par leurs emballages dits alimentaires, qui prodiguent avec le temps des transferts de molécules indésirables de manière préoccupante… en toute légalité ! Les bisphénols ne sont que la partie émergée de l’iceberg, sachant que les emballages alimentaires se comptent en centaines de milliards. Si la question des résidus de pesticides reste d’actualité pour les fruits et légumes, l’absence d’emballage unitaire en contact avec eux pourrait devenir un sérieux argument en leur faveur. En revanche, attention aux aliments préparés à partir de fruits et légumes frais et préemballés ! Les mycotoxines sont également un sujet à part entière, à anticiper au champ… Nous avons aussi été alertés par la montée des risques induits par les nanoparticules, notamment celles utilisées dans de nombreuses préparations pour surmultiplier les effets d’une matière active avec son environnement. Le dioxyde de titane, l’oxyde de silice, le nanoargent, actuellement les plus utilisés, semblent avoir des effets délétères sur toute la sphère digestive avec diffusions dans nombre d’autres organes vitaux, mais les expérimentations actuelles en sont au stade de la souris ! Mathilde Touvier (Inserm Paris) s’est livrée à une analyse fouillée des effets sur notre santé des aliments ultra-transformés. Ici aussi, les études épidémiologiques révèlent des effets délétères sur la santé humaine soit par effet direct, soit parce que la ration manque d’aliments bruts non transformés. En creux, cette réflexion tend à démonter également l’importance de préserver une part substantielle d’aliments non transformés dans notre alimentation. Enfin, nous avons été plutôt rassurés de constater que, outre l’Inserm, l’Inra disposait à Toulouse d’un laboratoire dénommé Toxalim dédié au problème des contaminations alimentaire, dont les chercheurs ont apporté une contribution substantielle aux réflexions de cette journée. Nul doute qu’ils ont du grain à moudre et qu’il importe à notre filière de se préocuper le plus largement possible d’un sujet qui dépasse la seule problématique des résidus de pesticides.