Comment la pomme de terre peut-elle continuer à plaire ?

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    La filière pomme de terre s’est réunie à Paris le 11 janvier pour l’assemblée générale du CNIPT. L’occasion de réaliser un bilan de l’année écoulée et d’amener un éclairage sur les leviers possibles pour relancer la consommation de pomme de terre fraîche.

    « La campagne 2021/2022 a connu des circonstances exceptionnelles, liées aux conditions climatiques pluvieuses qui ont contraint les ambitions de la filière en France et à l’export », a déclaré Florence Rossillion, directrice du CNIPT. La production française recule de 2 % en 2022 par rapport à 2021, comme chez nos voisins européens. Elle reste néanmoins sur une tendance haussière sur cinq ans, avec des exportations stables : 1,4 million de tonnes sur le marché de la pomme de terre fraîche). Dans ce contexte, le CNIPT et le CIPT ont décidé d’augmenter la dotation à la recherche et à l’innovation pour s’adapter au changement climatique, jusqu’à 2 millions d’euros. « Comme l’a montré notre conférence de mai 2022, il faut désormais raisonner en trois dimensions : qualité, prix et impact environnemental. »

    La filière fait face à une consommation en recul*, plus marquée dans les familles. Malgré des prix stables, les achats sont faibles sur l’ensemble de la campagne 2022. Seuls les petits formats sont en progression, au détriment du sachet 2,5 kg qui perd 9 % de parts de marché en trois ans. Les unités de vente de 1 et 2 kg représentent désormais 20 % des volumes achetés. Le travail de communication et de promotion de la pomme de terre continue donc, en particulier à destination des millennials avec des partenaires européens, programme financé à 80 % par l’Union européenne.

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    L’interprofession a donné la parole, lors de son assemblée générale début janvier, à deux expertes pour dresser un portrait des consommateurs de pomme de terre fraîche, mis en perspective avec la réalité de leurs achats en grande distribution. Emily Mayer, directrice des études de l’institut Iri, a d’abord pointé les « séquelles » que la crise sanitaire a laissées sur la consommation des Français. Et notamment la recherche de proximité et de praticité, afin d’alléger leur charge mentale. Malgré la crise inflationniste actuelle (+ 12,6 % sur l’alimentaire en décembre 2022), cela se traduit par une embellie pour les produits préparés et l’explosion de la livraison à domicile, de courses mais aussi de plats préparés par les restaurants. « C’est un constat paradoxal, car dans les circuits de proximité les prix sont en moyenne 15 à 20 % plus chers. Les Français se serrent la ceinture depuis septembre 2022, en usant de deux stratégies sur l’alimentaire. Acheter moins cher, d’où la reprise de la dynamique des premiers prix et des arbitrages entre les enseignes. Et acheter en moindre quantité. On assiste donc à moins de gaspillage et à des achats de plus petits formats, avec une valeur faciale moins élevée. »

    Pourtant, la pomme de terre possède de nombreux atouts et peut être considérée comme un produit refuge. Une étude de l’Obsoco souligne cet attachement consensuel des Français à la pomme de terre. En effet, elle est un indispensable de la cuisine pour deux tiers d’entre eux. Ils sont 63 % à déclarer ne pas pouvoir s’en passer contre 58 % pour les pâtes et 35 % pour le riz. l La pomme de terre est aussi un produit du terroir bien ancré dans la tradition culinaire française. Elle est également le produit le moins cher au kilo et qui a subi l’inflation la moins importante sur un an. « C’est comme dans un couple, vous êtes présent au quotidien, vous êtes familier et rassurant, mais on ne vous regarde plus. Il faut communiquer avec les consommateurs pour les séduire à nouveau », a résumé avec humour Guénaelle Gault, directrice de l’Obsoco. Rappeler que la pomme de terre est rapide à préparer, insister sur son origine France et ses pratiques vertueuses développées en production, rassurer sur ses qualités nutritionnelles, apporter une touche d’exotisme et de modernité dans les suggestions de recettes. Et s’intéresser au e-commerce, circuit en croissance, pour se positionner comme alternative aux côtés des autres produits de la catégorie féculents. « La pomme de terre coche toutes les cases pour répondre aux attentes des différents profils de consommateurs. Nous avons les éléments pour relever le défi ensemble », a souligné Luc Chatelain, président du CNIPT, avant de passer le flambeau à son successeur Francisco Moya.

    1. Baisse de la consommation de 13 % en volume vs 2020-2021 et de 6 % vs 2018-2019 (avant la crise sanitaire).
    2. 1,24 €/kg pour la pomme de terre avec 9 % d’inflation, contre 2,64 €/kg pour le riz avec 16 % d’inflation, et 2,43 €/kg pour les pâtes avec 23 % d’inflation (novembre 2022 vs novembre 2021).
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