Champignon : la filière française se défend

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    L’interprofession et la fédération des producteurs de champignons ont présenté quelques évolutions notoires, pour une filière très concentrée dont la production diminue.

    L’Anicc (interprofession du champignon de couche) et la FNSACC (la fédération des producteurs intégrée) ont tenu leur assemblée générale commune le 8 juin dernier à Perpignan, permettant de réunir l’ensemble des adhérents de cette filière du champignon de couche français (80 % de l’offre). Comme le veut la tradition annuelle, la rencontre était l’occasion de visiter l’un des adhérents, ici la Maison Vialade et notamment son nouveau site de production à Olette à 55 km à l’ouest de Perpignan, inauguré il y a six ans.

    L’événement a permis de pointer quelques faits marquants, à commencer par la restructuration actée de l’interprofession rattachée à l’Anifelt qui regroupe l’ensemble des filières des F&L transformés. « Cette étape était nécessaire pour se conformer aux exigences de Bruxelles, mais c’est aussi une façon d’arriver à être mieux entendus, aux côtés du pruneau, de la tomate industrie, etc. Cela nous permet de travailler de concert avec Interfel sur le plan de souveraineté alimentaire. S’il n’y a pas de restructuration, on n’existe pas », a souligné André Bernard, président de l’Anifelt, invité pour l’occasion. « Cette évolution nous permettra de traiter d’autres sujets transversaux tels que le Varenne de l’eau ou la communication », a ajouté Bruno Capelli, président de la FNSACC. 

    À l’instar d’autres collectifs, l’interprofession engage également un chantier de lutte contre la francisation, basée sur la mise en place d’un contrôle de la production déclarée en regard des volumes achetés par les distributeurs. « C’est un point très important pour nous », s’est défendu Philippe Marès, président de l’Anicc, précisant qu’une « démarche d’audit filière est mise en place à fin juin, sur la base d’un cahier des charges de contrôle de l’origine France, avec la participation des syndicats des grossistes et de la grande distribution ». Les producteurs qui le souhaitent pourront être audités par le CTCPA dès cette année. Et pour cause : en 2020, un rapport de la DGCCRF faisait état de francisation dans la filière. L’importation de champignons de couche frais progresse, avec un net point d’inflexion à partir de 2019. De 30 000 t importées à la fin des années 2000, on a dépassé les 50 000 t en 2021, avec une part grandissante des volumes de Pologne (à près de 35 000 t), Belgique et Pays-Bas se partageant le reste des apports, pour une filière où 90 % des coûts sont liés à la main d’œuvre. La consommation se porte aujourd’hui davantage sur le frais, en croissance autour de 90 000 t équivalent, qui a dépassé pour la première fois en 2021 celle des champignons transformés (80 000 t). La production française, quant à elle, accuse un repli régulier depuis vingt ans (77 000 t en 2021). Le frais résiste mieux et a dépassé la production du transformé légèrement au-dessus de 40 000 t en 2021. On comprend donc mieux l’enjeu de cette lutte contre la francisation.

    D’autres chantiers ont été détaillés : lobbying sur la bio (notamment sur les modalités de l’application de la non mixité bio/non bio dans un même bâtiment de production et demande de contrôles renforcés sur les substrats utilisés en production bio), nouvelle classification des emplois basée sur critères dans la convention collective applicable depuis avril 2021, dans une filière qui peine à recruter. Enfin, notons que les échanges récurrents au niveau européen au sein d’un groupe « d’experts champignon » permettent de développer un lien technique entre les pays producteurs.

    L’AG de l’Anicc et de la FNSACC eu lieu à la Villat Duflot, à Perpignan. © végétable