Carottes et radis réunis au sein d’une même AOP nationale

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    L’AOP Carottes s’élargit officiellement au radis. Une structuration attendue par les professionnels de la filière, en quête de collectif et de visibilité.

    © Carasso

    L’arrêté de reconnaissance est tombé en décembre dernier : les producteurs de radis rejoignent officiellement l’AOP Carottes, qui devient l’ACRF (Association carottes et radis de France). Une étape structurante pour une filière jusqu’ici peu organisée, qui rejoint une AOP déjà solide et reconnue, avec l’ambition de construire une dynamique collective.

    À la présidence de cette AOP, Christian Letierce (OP Vitaprim), épaulé par Charles Jannin (OP Nanteurop) en tant que vice-président. Cinq organisations de producteurs, principalement implantées sur le bassin nantais, sont membres fondateurs : Fleuron d’Anjou, Nanteurop, Vitaprim, Agrial et Océane. Elles représentent à elles seules plus de 80 % des OP existantes en radis.

    S’unir dans un contexte réglementaire incertain

    Cette union des deux filières au sein d’une même AOP permet avant tout un renforcement mutuel. La filière radis bénéficie d’une structure déjà en place, tandis que la filière carotte élargit son périmètre à une filière aux caractéristiques proches : deux cultures racines comestibles, de plein champ, présentes toute l’année, avec des cycles courts, des modes de récolte et de post-récolte manuels et mécaniques, et des équipements agricoles similaires.

    Les premières discussions autour de la création de l’AOP radis ont débuté en 2024, avec un accélérateur majeur : la loi Agec. « Nous avons fait le constat que nous devions réfléchir ensemble, sans partir dans tous les sens », résume le vice-président. La genèse de ce collectif radis repose donc sur un avis partagé : la nécessité de structurer économiquement la filière.

    Ce sont notamment les aléas de la loi Agec dès 2022 qui ont cristallisé les tensions : « Il a fallu s’adapter aux restrictions sur l’utilisation du plastique pour les sachets de radis, avec des alternatives non viables économiquement. Le radis a été un produit oublié dans l’instruction de cette loi, ce qui a engendré des pertes conséquentes pour la filière », rappelle Astrid Étevenaux, directrice de l’AOP carottes et radis.

    Fédérer une filière encore très atomisée

    Dans un marché changeant, marqué par un manque de données fiables et de retours terrain, les opérateurs expriment le besoin de se regrouper pour mieux comprendre les volumes, les périodes de production et organiser le marché. « La production de radis est traditionnelle, sa consommation est importante en France, et nous souhaitons la faire perdurer. Se réunir et communiquer entre nous permettra d’avoir une vision filière », insiste Charles Jannin.

    Selon le recensement agricole 2023, la production française de radis représente 45 864 t pour 3 540 ha. L’AOP en concentre déjà 15 000 t et 1 700 ha, soit 33 % des volumes et 48 % des surfaces. Le reste de la filière demeure très éclaté, avec de nombreux producteurs indépendants répartis sur l’ensemble du territoire. Par ailleurs, les objectifs de l’AOP diffèrent selon les segments. Pour le radis botte, marché mature à la consommation stable, l’enjeu est avant tout de fédérer une profession atomisée.

    « Techniquement, nous avons intérêt à être plus forts pour progresser, notamment à cause de la disparition de certaines molécules », souligne Charles Jannin. Pour le radis équeuté, fortement déstabilisé par la loi Agec, l’AOP entend permettre une réponse collective, tant sur le plan économique que règlementaire. « Nous serons plus forts et mieux écoutés en étant regroupés », note le vice-président.