Agroécologie : opportunité ou nouveau standard ?

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    Le CTIFL a organisé, le 17 novembre dernier, une web-conférence autour de l’agroécologie dans les fruits et légumes, à laquelle 400 personnes ont assisté en direct.

    Le dernier webinaire du CTIFL, conçu comme une émission télévisée, a commencé par un tour d’horizon des travaux de recherche menés par le CTIFL, l’Inrae et l’Itab en matière d’agroécologie pour les fruits et légumes. De la recherche fondamentale aux expérimentations plus appliquées, tous partagent un même constat que les mots de Sylvaine Simon, chercheuse à l’Inrae de Gotheron, résument : « Il n’y a pas une seule façon de faire de l’agroécologie, c’est une manière de produire extrêmement complexe où chaque acte technique provoque un ensemble d’interactions dans tout l’écosystème. » Et d’ajouter que « l’agroécologie demande une transition profonde dans les exploitations, qui exige du temps, du travail, une vraie prise de risque pour les producteurs et une adaptation de la chaîne de commercialisation, parce que la diversité de la production d’un système agroécologique s’oppose aujourd’hui à la demande ultra standardisée de la distribution et des consommateurs ».

    La question de l’adaptation de l’aval et de la valorisation a ensuite été abordée pendant 45 minutes de table ronde réunissant des représentants de la distribution (Carrefour, Système U, Pomona et un primeur) et de collectifs de producteurs (Demain La Terre et Nouveaux Champs). Alors comment rémunérer l’effort, le surcoût et la prise de risque ? « La question réside dans l’intensité et dans l’objectif final que l’on s’attribue au niveau de la production. Aujourd’hui, 80 % des producteurs pratiquent l’agroécologie, mais c’est plus ou moins facile selon les espèces, les saisons. Pour obtenir une valorisation il faut une identification claire et une promesse lisible et fiable pour le consommateur », analyse Bertrand Gassier, arboriculteur et membre du collectif Nouveaux Champs qui a choisi la démarche « Zéro résidu de pesticides ». Julie Keisser-Bourserie, directrice des filières qualité chez Carrefour, partage cette analyse : « Le consommateur comprend des messages clairs, or l’agroécologie est complexe à expliquer. Chez Carrefour, nous mettons en avant les produits qui arrivent “au bout”, c’est-à-dire cultivés sans pesticide de synthèse, avec une valorisation de l’ordre de + 15 %. » Système U défend au contraire l’importance de communiquer sur une approche globale et sur l’importance des sols, même si cela semble plus complexe pour les consommateurs. « Chez Pomona, nous avons choisi la certification HVE et avons rejoint l’association de promotion de la HVE car il y a un réel besoin de pédagogie auprès des restaurateurs et des consommateurs », indique Céline Beaud, chef de projets achats responsables du groupe. C’est aussi une approche systémique qui est défendue depuis quinze ans par le collectif Demain La Terre, « qui inclut un important volet social en plus de l’approche environnementale », selon Geoffroy Cormorèche, agriculteur et président de l’association. Il reconnaît que la démarche facilite les relations commerciales, mais qu’il reste difficile d’en dégager une réelle plus-value économique. Ainsi, pratiquer « seulement » l’agroécologie semble constituer davantage une préférence d’achat qu’un argument de valorisation.

    Comment soutenir davantage les producteurs dans cette transition ? « La meilleure efficacité est lorsque producteurs et distributeurs travaillent ensemble », affirme Julie Keisser-Bourserie, citant l’exemple des filières qualité Carrefour. Mais les démarches portées par les producteurs, à l’instar de Demain La Terre, de Nouveaux Champs ou de l’association de promotion de la HVE, apparaissent à tous les participants comme les plus crédibles et légitimes aux yeux des consommateurs, « et probablement les plus à même de défendre une valeur pour le producteur », ajoute Bertrand Gassier. « Mais ça c’est du commerce, pas de l’agroécologie. »

    L’émission est librement accessible sur la chaîne Youtube du CTIFL.