La filière endive reprend son souffle

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    L’assemblée générale de l’Association des producteurs d’endives de France a permis de partager défis et résultats techniques début avril dernier.

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    © végétable

    Deux ans après la mobilisation inédite des filières endive et chicorée au siège de région Hauts-de-France, où la question de l’avenir de ces filières avait été posée sans détour, l’esprit de responsabilité dominait toujours rue des Fleurs à Arras. Philippe Bréhon, le président de l’Apef, a ouvert l’après-midi avec les trois sursauts de 2025.

    Le premier est technique. La récolte de racines de l’automne 2025 a été, selon ses propres mots, « inespérée » et ce sans les herbicides Bonalan et Safari, retirés en 2024. Le scepticisme avait été fort, certains condamnaient la filière. Les solutions de substitution restent dérogatoires, la stratégie désherbage à cinq ans n’est pas écrite. Mais le retournement dont la filière avait besoin s’est produit. Le deuxième sursaut est commercial.

    La filière a vendu 15 % d’endives en plus en 2025 par rapport à 2024, dans un contexte où rares sont les légumes à avoir progressé en volume. Fait plus significatif encore : jamais autant d’endives n’ont été vendues en juillet et août, signal d’une désaisonnalisation en cours et d’un élargissement possible des usages. Afin de fixer l’ambition, Philippe Bréhon a rappelé qu’en 2022 les volumes étaient encore supérieurs de 11 % à ceux de 2025.

    Si ce marché a existé, il peut être reconquis, autrement qu’en baissant les prix. La juste valorisation est vitale pour pérenniser la production. Le troisième sursaut est celui de la communication : 281 millions de contacts ont été atteints en 2025 par la filière endive grâce à 645 spots radio et 167 diffusions en télévision. « L’endive est un légume qui aime l’obscurité, mais pour doper les ventes, il est mieux de la mettre en lumière. » Les résultats commerciaux suggèrent que le pari n’était pas vain.

    Désherbage et résistances installées

    L’après-midi technique a ensuite illustré ce sur quoi repose la durabilité de ces trois sursauts. Sur le désherbage, la disparition des deux produits en 2024 a ramené la palette herbicide disponible à cinq spécialités homologuées. Les analyses ADN menées en partenariat avec l’Inrae de Dijon ont confirmé des résistances bien installées dans l’ensemble des bassins de production : laiteron, matricaire, séneçon.

    Le projet Désherb’Endives, financé dans le cadre du plan Parsada pour cinq ans, teste en conditions réelles plusieurs alternatives : désherbage électrique interrangs et binage autonome sont jugés au point et adaptés à la culture. Le laser s’est révélé, en revanche, décevant au-delà du stade cotylédons, une limite que le fabricant lui-même reconnaît désormais.

    Contre le puceron des racines, deux pistes avancent simultanément. Le champignon entomopathogène Metharizium brunneum atteint, en conditions contrôlées, une efficacité comparable à la référence chimique Movento à sept semaines d’application : le biocontrôle a un temps de latence. C’est sa nature et aussi sa force dans la durée.

    L’huile essentielle d’ail, testée dans le cadre d’une thèse à l’Université Jules Verne de Picardie, a montré, à dose infralétale, des effets répulsifs nets et une inhibition mesurée de l’activité locomotrice du ravageur. Les deux approches sont entrées en phase de validation terrain. Finalement, pour la filière endive française, les inquiétudes sur la capacité à produire ont laissé place à des inquiétudes sur la capacité à commercialiser. « Le pire n’est jamais là où on l’attend », a souligné Philippe Bréhon.